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En avril...


Voilà 49 jours que nous sommes partis. 49 jours et un peu plus de 2700km. 49 jours qui ne se passe rien de spécial, et pourtant, tout bouge, tout chavire, tangue, se redresse et entame la danse inverse.

A chaque routes que nous faisons, je me dis :"tu es en train de le faire". Et cette phrase est forte. Et en même temps, c'est si simple. Rentrer dans la voiture après tout avoir rangé dans Mastok, répartir les enfants, enclencher le GPS, la musique. Mettre le contact, ne pas oublier de faire préchauffer malgré le temps radieux, attacher sa ceinture, et aller d'un point A à un point B.

Simple.

Et puis ouvrir les yeux. Simplement. Regarder, prendre le temps de voir, vraiment et parfois de se laisser bercer. Se raidir, se concentrer, passer des zones de difficultés, et puis ouvrir les yeux, simplement. Regarder.

Simple.

Mais lever les paupières, enclencher l'action de voir, c'est aussi réaliser l'absence de toute zone de confort. Rien ne fait peur, le risque est dérisoire. Il pourrait m'arriver l'ensemble des choses qui surgissent parfois au coeur d'un quotidien.

Mais les kilomètres, comme la marche, dénouent des sensations, des sentiments. La découverte de l'autre et de l'ailleurs me ramènent à moi, inlassablement.

Avant hier, je regardais "Les rivières" écrit et réalisé par Mai Hua. Je n'ai pas pleuré, parce que je n'y arrive pas. Parce que la cuirasse est un peu trop épaisse. Mais dans ses images, j'ai reconnu certaines des étapes que j'ai eu à franchir ces dernières années. Et c'est aussi le constat que je n'ai pas terminé.

Parce que la cuirasse, parce que les larmes sèches...

Mon amie H. m'a dit : trouve un bout de cuir épais, et huile le chaque jours, nourris-le. Ce que tes mains font, ce que tes yeux voient, ton coeur le comprend.







Retour à la case départ.


Pas un jour ne s’est écoulé, depuis notre retour, sans que je pense à une autre départ. Sans réel impatience, consciente des tâches à accomplir ici. Avec des doutes parfois, des craintes même. Avec beaucoup d’envie, toujours.

Il y a trois mois, nous reposions Mastok sur sa colline. Retour sous la voute étoilée, retour des lever de soleils à couper le souffle. Et puis le rythme fou à commencé pour aller au bout des projets pour lesquels j’avais semé des graines avant notre départ. Je n’ai pas eu peur, j’y suis allé. Je trouvait les risques nuls, je savais le projet viable, les graines fertiles.

Je ne me suis pas beaucoup trompée, j’ai même été surprise. Et fière d’avoir tenu le cap, d’avoir cru en moi. Un fierté humble, réelle, inspirante.

A notre retour, les locataires nous annonçait leur départ vers un ailleurs joyeux. La maison allait être vide, l’hiver arrivait, le froid et les journées sombres aussi. Plusieurs fois, je suis rentrée au soir, retrouvant ma petite tribu engoncée dans le ventre pourtant chaleureux de notre Mastok bien aimé.

J’ai proposé que nous prenions la maison comme hôtel, nous pourrions même envisagé d’inviter notre famille pour partager les fêtes. Car à être immobiles, les paysages exotiques se retrouvent dans les traits des gens qu’on aime. Mais comment les invités si je n’ai nul part où les rangés ?

Alors un matin, j’ai tout fourré dans des sacs, des cabas, des cagettes, et en deux allers retours de Kangoo, nos affaires étaient dans cette maison. Immense. Vide.

Les enfants étaient heureux. Je garde en mémoire les allers retours furieux de mon plus petit, de la cuisine au salon et du salon à la cuisine, saoul de l’espace dans lequel il pouvait alors tester sa foulée. C’est l’image que je veux garder, celle qui justifiait de ne pas passer l’hiver dans ce qui n’est autre qu’un habitat minuscule. En voyage, quel que soit la météo, l’extérieur nous appel, l’espace réduit se justifie, notre jardin est partout, la découverte s’impose. Mais ici, sédentaires, à quoi bon ?

J’ai observé leur plaisir au maximum, plongé mon corps dans un bain chaud, sans réfléchir à la capacité des cuves. Mais sous ma poitrine, j’avais le cœur dans un étau. Avoir programmé, rêvé, planifié, vidé, vendu, rangé, organisé. Tout ça pour ça ? Pour revenir 6 mois après comme si de rien n’était. Impossible. Et la tête surtout, la tête. Qui me gueulait que j’avais loupé un truc, que je ne supporterais pas de voir cette maison se re-remplir et m’éloigner de mon envie de voir autre chose, ailleurs…

J’ai passé deux semaines à ne plus savoir. Ne plus savoir quel serait la suite du dossier « la petite famille à roulettes », ne plus savoir comment j’avais voulu cette maison que j’avais tout fait pour déconstruire. Un flottement étrange et sans doute un peu douloureux.

Le présent s’est chargé de desserrer l’étau, avec finesse et doigté. Il m’a occupé, m’a encrée dans ce que je faisais au moment où je le faisais. Et j’ai eu l’impression d’avoir grandi un peu. De cette sensation cuisante d’échec, je suis passée à la réalité mouvante. Cette morsure c’était uniquement le refus de lâcher quelque chose qui n’avait plus lieu d’être. Comme un serpent qui refuserait la mue et trainerait cette seconde peau, morte, sur son corps filant.

Où était le problème finalement ? Je savais que nous reviendrons, et c’est encore à l’ordre du jour, le projet initial à toujours été de voyager en étoile autour de ce point central où se trouve quelques racines et ces belles portes ouvertes autour du métier que je m’invente.
La maison ? Pourquoi ne pas profiter du vide opéré pour prendre un nouveau départ ? Et garder un point de chute solide et chaud pour les hivers de travail à venir ? De là, pourquoi lutter contre l’idée ? J’ai toujours fabriqué et habité les espaces dans lesquels j’ai vécu. Je ne saurais vivre dans un lieu indifférent. C’est ainsi, je nidifie. Quand nous sommes en voyage, je sais créer n’importe où un salon sauvage à l’aide d’un tapis, trois coussins, une table pliante sur laquelle je jette un foulard ou un joli chiffon. Et tout de suite les enfants sont chez eux, les légo trainent sur la tapis, un livre ou deux aussi…

Quitter la maison, c’était aussi quitter la maintenance et cet immobilisme mortifère contre lequel j’avais du partir en guerre pour que les choses (les travaux se fassent). Mais que tout était lent. J’attendais après un homme qui avait la trouille de toucher ces murs dégoulinants de souvenirs… Et au fil des rencontre de cet hiver, deux femmes ont percuté mes fondations, à l’aide de phrases anodines. C’est aussi moi qui avait laissé faire ce « rien faire ». La clé était là peut être.

J’ai demandé, l’air de rien, un nuancier à la main ; « rouge margot pour la cuisine ? T’en dis quoi ? »

Burin, marteau, rouleau, couches successives, plâtre, enduis…

« Maman, en fait avec les couleurs, ça fait comme un port, avec bâbord dans la cuisine et tribord dans le salon puis le bleu de l’escalier c’est la mer au milieu ».

Comment vous dire que je n’ai pas fait exprès ! Ça semble improbable, et c’est pourtant vrai. J’ai crée un port, un port d’attache, avec des hublots au milieu des murs.
Je ne suis plus fâchée, ni contre moi, ni contre cette maison, qui restera un peu vide mais le luxe de nos retours hivernaux. Et ce n’est pas un échec, c’est la vie, qui parfois décide de n’en faire qu’a sa tête, mais rarement sans raison.

Dans 5 jours exactement, nous reprendrons la route. Départ pour presque trois mois, avec notre premier passage de frontière. Toute la tribu à les pieds qui fourmillent, et moi, j’ai calmé des impatiences qui n’avaient plus rien à faire dans ma vie. C’est le luxe que je m’offre pour 2019 : Prendre les choses et les coeurs comme ils viennent.

Voyage à suivre.

...

Cette photo de Mastok a été prise en Avril 2018, nous venions de passer notre première nuit en son sein, à quelques kilomètres de la maison. J'ai découvert cette image en développant les 5 derniers films faits à l'aide du petit Olympus LT1 qui trainent toujours au fond de mon sac et qui me fait dire que c'est vraiment dans les vieux pots qu'on fait les meilleurs confitures.

La petite famille à roulettes


Je raconte au compte goute, sur les réseaux sociaux,  ce que nous vivons un peu au quotidien. Les petites magies, les beaux moments, les rencontres de voyage. J'en perd le temps d'écrire pour moi seul un journal de bord. J'arrive à dessiner cependant, ce qui est tout aussi délicieux. Je reprend le temps de prendre des photos avec autre chose que mon téléphone. Mon argentique ne quitte plus mon sac, je retrouve l'angoisse de la pellicule voilée. J'ai aussi mon compact avec moi ; génération instantanée.

Ce que je raconte sur instagram est assez succinct, le format m'y contraint, et c'est très bien comme ça. C'est une façon de tirer les minutes qui ont le plus pesées dans une journée.

Je n'y raconte pas les flottements. Nous vivons depuis deux semaines sur la route, avec trois enfants, un chat fugueur qui se fait un plaisir de faire des vocalises nocturnes et bousille le sommeil dont je sais avoir besoin. Le chien, lui, est exemplaire. Les enfants sont des enfants. Et quand viennent ces heures électriques, les heures de fin de journée, coincées entre la fatigue, l'attente du repas et toutes les émotions accumulées pendant la journée, je regrette au moins trois secondes d'avoir bazardé ma grande baraque pleine de pièces (et de portes... Gniarf). Passées ces deux secondes, je suis obligée de voir que les problématiques seraient les mêmes, sont les mêmes. Le quotidien ne change pas de robe au grès de la géographie. Il est ce qu'il est, ici, dans un mouchoir de poche.

Je ne raconte pas les lessives à la main, les départs sur linge pas sec qui demandent à inventer de quoi étendre dans un interieur minuscule. Je ne raconte pas la gymnastique pour se croiser quand un cuisine, que l'autre veut aller aux WC. Et attentions, les pattes du gentil chien-chien qui trainent au milieu.
Je ne raconte pas mon atelier entreposé dans la douche quand nous roulons, sur le siège passager quand nous sommes à l'arrêt. La table de marché posée sur notre lit.

Je ne raconte pas l'organisation pour prévoir quel marché, et où nous garerons le camion pour que je puisse me rendre au travail à pied. Parc4night est Jour-de-marché.fr sont devenus mes indéfectibles amis.

Non, tout ça, je passe sous silence. C'est une réalité, cette vie demande de la manutention, de l'organisation et quelques compromis, mais finalement, comme toute autre mode de vie. Ici les choses sont moins lourdes, et finalement infimes par rapport au plaisir de changer sa maison de place en un clin d'oeil. Par rapport au plaisir de la découverte, au changement du paysage.

Je ne raconte pas non plus le flippe des marchés paumés ou je croise juste Roger venant chercher ses navets. Quand on ne connais pas, on test, ici et là. Heureusement, le monde des marchés est rude mais pas cruel. Ils ont eu pitié de moi en me voyant arriver avec mes bijoux, ils m'ont conseillés les lieux et jours où je pourrais poser mon stand sans faire choux blanc. Et ils avaient raison ! Ouf, j'ai eu un moment de trouille, de penser que mon affaire ne tiendrais pas la route, que mon projet ne serait pas viable, qu'on allait crever de faim moi et mes mouflets au fin fond du Gers...

Et quand on ouvre la porte, qu'on balade son regard, on voit tout le reste. Les balades à vélos sous cet impressionnant soleil d'octobre. Le Moulin des marionnettes (les mamoyettes comme dirait ma fille)
à Vic-fezensac qui nous à offert une après-midi un peu hors du temps. Les heures et les journées entières passées sous le ciel.

Oui, il y a beaucoup de choses que je ne raconte pas, parce qu'il faut simplement les vivres.





















Ce qui reste.


J'ai inscrit en gros sur la porte du placard qui servait d'ardoise "Bienvenue J.... D.... et E...."! et nous sommes partis leur confier les clés. La maison raisonnait de tant de vide. Briquée comme un sou neuf. 

Je m'attendais à un pincement, un contre coup. Mais rien ! C'était bien une page à tourner. Et puis le camion. Pardon, le camping car, j'ai nommé notre bien aimé : Mastok !!!
Durant les deux premières semaines, nous avons eu de la pluie, tous les jours. Ou presque. Je repensait, souriante, à mon amie qui m'avait posé cette question bien senti :" et les jours de pluie ? Tu fais comment à 5 dans ta boite de sardine ?". 

Pareil ! On fait pareil que dans une maison. Mais en plus petit. C'était un peu le baptême du feu.  Enfin, non, pardon, le baptême du feu est arrivé après les deux semaines de pluie. Un petit été caniculaire pour préparer l'aventure. Nous l'avons fait. Et c'était bien.

Impossible de partir alors. Toutes les portes que j'avais poussé quelques mois plus tôt pour mon travail se sont soudain ouvertes, béantes, offertes. C'était le moment et c'est tout. Le temps suivra son court quoi qu'il arrive. Nous partirons après, après l'été, après la saison, après les marchés qui grouillent et qui chantent. 

C'était une période test. Savoir combien de temps nos réserves peuvent tenir. L'eau, l’électricité, les WC. 

Puis le chat. Impossible de laisser le chat. Alors soupirer de soulagement à chaque fois qu'elle pointait son museau au petit matin pour venir grappiller un bol de croquettes et s'affaler sur les coussins moelleux pour une sieste, probablement proportionnelle à son activité nocturne supposée. 

Le ballet du quotidien s'est vite chorégraphié. L'eau OK. Le jus OK. Le gaz OK. Les WC OK. Le chat OK. Les enfants, on en parle même pas. Dehors à peine tombés du lit. Il vivent comme on habite une cabane. Dehors, nous tendons les hamacs et mangeons sur des nattes, assis sur des coussins, sur des tables rikiki. En une heure, nous pouvons disparaitre et laisser place nette. Tout plier, tout ranger, et rouler. 

D'avoir fait ce si grand tri, je me sent incapable de revenir en arrière. Le nécessaire est là. Les objets que je conservent ont étés pensés, réfléchis, pesés. Quand je remet les pieds dans une maison, je suis assaillie par tout ce qu'on y met d'inutile. Puis les murs, les plafonds. 

La canicule nous à offert nos plus belles nuits à la belle étoile. La fraîcheur vient plus vite quand on confie son sommeil au vent. A vivre sans cesse dehors, le corps s'adapte mieux semble t'il. Mois qui souffrait, il y a quelques années, de ces heures estivales où la chaleur écrase tout, où le sol dégueule de chaleur et où la peau brûle au moindre rayon. J'ai pesté contre ce stupide Sud, moi la bretonne déracinée. Et me voilà en place publique, sous la cagnard, en plein marché, et sans parasol ma bonne dame (économie de place oblige !). 

Ça aussi je l'ai fait. Mon canotier vissé sur le crâne et mes robes en lin comme un rempart.

Il y a quelques jours, l'ambiance de rentrée me poussait au bilan. Là, le constat délicieux. "Mais tu es heureuse ma fille", voilà ce que je me disais. Ce que je découvre, c'est que lorsque les fondations sont solides, les vents peuvent souffler, ils ébouriffent les cheveux, mais ne tournent pas les têtes. Bien sur il y a des moments de fatigue, d'impatience, des nostalgies nécessaires. Après ces deux fameuses semaines de pluie je me suis posée toutes les questions pénibles possibles. Ne suis-je pas une mère horrible, triant les jouets de mes enfants pour en faire valser les trois quarts ? Ne suis-je pas folle des les mettre dans cette grande valise à roulette pour un voyage au jour le jour ? Ne suis-je pas folle de m'imposer ça ? Ne suis-je pas folle tout court ? Seront-ils aussi heureux ici que dans une grosse maison bien solide ? L'amoureux m'a t'il suivi par amour justement ou fait-il vraiment parti du projet ? Va t'on réussir à barouder aussi facilement que nous le projetons? Est-ce que le chat va arrêter de miauler à la mort à chaque fois qu'on lance le moteur ? Et ce chien ??? Ce chien ne paraissait pas si gros dans une maison de 200m2.

J'ai fini par rire franchement de toutes ces questions. Elles sont toutes réelles, fondées, mais inutiles ici. Il n'y a qu'a entendre leur rire (animaux compris) pour comprendre que je ne me suis pas trompée en hissant ce rêve au rang de réalité.  Je ne détiens aucune vérité, ma manière de vivre n'est pas mieux qu'une autre, c'est juste celle qui semble nous convenir le mieux pour l'instant. 

Il y a deux mois, nous avons emménagés, mon mari, nos trois enfants, notre chat, notre chien, et moi, dans un camping car. Il y a une semaine, mes enfants ne sont pas rentrés à l'école et nous avons doucement repris le rythme de l'instruction en famille. Dans un peu plus de 15 jours, nous prendrons la route pour un mois et demi de voyage, en France dans un premier temps. Il n'y a plus aucun frein, la vie nous a retardés dans ce fameux départ, peut être simplement parce que les grands départs ne sont pas toujours ceux qu'on croit.

Seul les arbres nous disent que l'automne arrive...






L'odeur du temps.



Elle m’a dit, simplement ; « Pourquoi tu ne viendrais pas poser ton stand de bijoux au festival de Jazz vendredi soir ? »
Tiens, oui ! Pourquoi pas ? C’est vrai que c’est une bonne affaire un festival de jazz, surtout en l’absence de toute concurrence. Et si les bijoux ne plaisent pas, j’aurais toujours quelques notes à grappiller et l’assurance d’une belle soirée de musique.

Alors j’ai gravi la montagne par un flanc, pour gagner quelques degrés sur la fraicheur et m’immerger dans ce lac que je connais depuis si longtemps. Et après la salutaire baignade, j’ai sauté dans une robe propre, chaussé mes jolis souliers et redescendu la montagne, par le flanc inverse cette fois.

Et là, en passant le panneau de ce village que j’ai déserté il y a plus de 15 ans, ce n’est pas la petite madeleine de Proust qui m’a sauté au visage mais le gros paquet familiale de Madeleine Saint Michel que je me suis pris en pleine face.

L’odeur de la maison de la voisine dont le fils était un pote fidèle que je venais chercher quand ce n’était pas lui qui le faisait.
Le porche de l’église sous lequel j’ai fumé mes premières clopes. Avec la vue sur la montagne dorée par le soleil.
Le restaurant dans lequel j’ai épluché des patates ou fait la plonge pour me faire trois sous. Celui là même ou je venais trainer mes basques dès que je pouvais et dans lequel on m’invitait toujours à manger. Mes premiers émois au dessus d’une assiettée de cèpes ou de profiteroles fraiches.
J’aimais y regarder le balais des adultes affairés. J’avais besoin de ce mouvement . Aujourd’hui j’aime toujours observer les gestes.
Le lavoir dans lequel j’ai joué avec l’eau glacée. Et juste à coté, la vielle pompe en fer sur la poignée de laquelle nous nous asseyions pour s’en faire une balançoire. Le calvaire dans lequel nous allions faire nos soirées en échappant au regards adultes. La liberté de ces endroit où la nature élève un peu les enfants. C’est gage de liberté. La fraîcheur qui monte du ruisseau en fin de journée. Le chemin qui part vers le cimetière, ce chemin qui mène au jardin que tenait ma mère.
Elle en revenait le muscle saillant sous un débardeur léger, la peau noircie par le soleil, avec son odeur de mère mêlée à celle de la terre fraichement retournée. Une odeur chaude, presque animale.

Les montagnes, tout autour, empêchant la vue. Et le soleil qui cours sur tout ça. Le château dans la cours duquel j’allais causer avec la cantonnier. Il fumait des Gitanes, le château était alors à l’abandon. Les cabanes partout.

Et cette chaleur qui me rappelle celle des étés passés ici. Alors l’odeur de ma chambre, fenêtre ouverte sur cette rue unique. La lumière du soleil sur la moquette beige. Les grasses matinées. Et au réveil, trouvant la maison vide parfois, appeler ma mère à pleine voix depuis la cours, derrière la maison, juste sous la montagne. Elle allait bronzer en plein cagnard sur une vieille terrasse de culture laissée à l’abandon depuis des décennies. A l’heure du repas c’était à son tour de faire jouer l’écho. On entendait son cri «Les enfants, à taaaaable ! » dans tout le village. On arrivait en 5 minutess, même pas.

J’ai quitté ce village à 15 ans, et j’ai commencé à quitter ma mère, lentement. Je suis partie vivre sous les embruns paternels. Puis ma mère à quitté elle aussi tout ça. Et je n’ai plus remis les pieds la bas. Si, deux fois, j’y suis passée, sans vraiment m’y arrêter, c’était trop lourd.

Et ce soir, j’installe mon stand sur les parcours que je faisais enfant, dans ce décors préservé où rodent des souvenirs bien vivaces. Et là, sous les châtaigniers Lisa Simone chante, et je découvre que j’ai fait le tour de quelque chose.

Je ne suis plus en colère, je me sent grande soudain, adulte, vraiment. Je commence à comprendre. Et j’écoute cette tristesse qui me chuchote qu’on ne guéri jamais vraiment de sa mère, on apprend juste à pardonner.

Et quand les madeleines sont digérées, cet amour qui dépasse, qu'en fait-on ?




Les lenteurs hivernales.



 Quand les nuages se sont écartés, les crêtes ont dévoilées leur dos pelé par l'hiver. L'arrête osseuse d'un dragon immobile. J'ai pris le temps de regarder ce paysage fantomatique, entre roches, bruyère et nuages. On considère souvent l'hiver comme une saison morte et grise. De ce que j'ai vu ce jour là, je peux vous assurer que le gris n'était pas majoritaire. Seulement en hivers, tout est plus lent, le froid conditionne nos mouvements. Il en va de même pour l’œil qui à besoin de plus de temps pour discerner les formes et les couleurs.

Oui, tout est plus lent. Tout le monde ferme sa porte pour garder la chaleur du foyer.

Les mots aussi sont comptés.

L'hiver me pousse à apprécier cette maison, si grande, si chaude. Cette maison qui bois le soleil dès qu'il daigne pointer par dessus la colline.

Et ce foutu temps qui passe et qui parfois construit des peurs qui n'était pas là au tout début, quand le projet venait juste de naitre.

J'ai l'impression d'une lente ascension, parfois évidente, parfois vertigineuse et dont chaque pas vers le sommet pause une nouvelle question.

Nous devions partir en bateau, puis plus. Un accouchement plus tard, le temps aidant, je me dis que cet immobilisme forcé n'était pas un mal. Nous avons eu le temps de revoir notre projet. Considérer qu'avec nos trois enfants en bas âge, un jardin en dur n'était peut-être pas une si mauvaise idée. Puis une pane, n'importe quelle pane, semble beaucoup plus simple sur terre qu'en mer.

Nous aurions peu renoncer, tout simplement. Mais l'envie d'autre chose s'est lovée en moi, et se manifeste de façon quotidienne à la façon d'un petit caillou dans ma chaussure.

C'est étrange ces périodes tendus vers l'après.

Chaque pas dans la maison est employé à trier, bouger quelque chose, mettre dans un carton. On avance moins vite avec trois petits, mais on avance quand même.

Du bateau, nous sommes passés au camping car. Une maison à roulette, c'est bien aussi !

Et voilà que l'impatience me saisie. La vie ne cesse, par différents moyens, de me pousser à prendre mon temps, et moi je ne rêve que d'une chose : que la maison soit vide, que l'essentiel soit sélectionné, que le véhicule soit acquis et que la route s'offre à nous.

C'est un défis qui me plais et qui me pousse à reconsidérer progressivement toutes sortes de détails de la vie courante. On ne vis pas exactement pareil dans une maison de 100m2 que dans un réduit à roulettes.

Après, pour parler sans ambages, j’oscille régulièrement entre l'envie de tout balancer dans des cartons pour faire un gros saut chez Emmaüs, parce que je ne sais pas bien vendre, j'ai toujours donné. Et aujourd'hui, ce projet, et les 3,50€ que je peux gagner en vendant ma bibliothèque et mon puang à bascule me pousse à abuser de vos bourses et passer des heures vissées à mon téléphone, pour photographier, rédiger des annonces de vente et répondre cordialement à des personnes pas toujours hyper avenantes et souvent fâchées avec la politesse la plus basique.

Mais, à l'image des saisons, tout fini par germer, et si parfois je gronde comme une nuit d'orage en plein mois d'août parce que je me sent épuisée et découragée par la lenteur des choses, les jours qui suivent m'ouvrent leur bras comme un printemps inespéré et bombe ma jauge d'espoir.

C'est ainsi que samedi, rendez-vous est pris pour la visite de ce qui deviendra peut-être notre résidence principale pour les années à venir. Mais sur roulette s'il vous plait !

D'ici là, il peut neiger sur Paris, la lenteur hivernale n'aura pas raison de mes projets.

Ca aussi ça passera.


Ils sont partis ce matin, laissant à leur suite une maison vide. Je n'ai pas cuisiné de la journée, ou si peu, en tout cas, à n'importe quelle heure. J'ai mangé debout dans la cuisine, dans le salon aussi, et même en montant les escaliers. J'ai laissé trainé des miettes sur la table, et joué l'aveugle pour tout ce qui trainait encore par terre.

J'ai mis de la musique, n'écoutant que mes envies, aucune chanson pour enfant. Puis j'ai tout éteint, et écouté le silence. Je n'ai pas parlé. Je n'ai répondu à aucune question. J'ai même fermé la porte à clé pour parer à toutes visites. Parce qu'ici, chez moi, c'est un peu comme dans un moulin, on frappe à la volée et on entre pour vérifier sans jamais vraiment attendre la réponse.

J'ai laissé passé des instants vides, j'ai regardé par la fenêtre le ciel se battre dans le vent. Je suis sortie, j'ai marché à mon pas, sans aucune pause forcée, les mains vides, dans le silence encore.

Seule ? Pas vraiment. Pas du tout en fait. Je t'avais toi, mon tout petit. Toi qui d'habitude est trimballé entre tes frères et sœurs, patient, toujours, curieux de tout, toujours, souriant et facile, toujours.
Toi, qui à profité du silence, puis des mots prononcés juste pour toi. Tu as profité du calme et de ces instants où je n'ai fait que te regarder. Toi qui déjà force comme un bougre pour parvenir à tenir ce ventre au dessus de ta ligne de flottaison.  Tu cherches ton quatre patte à grand renfort de pompes désordonnées. Ta tête plonge, parfois tu renverse complètement. Et toujours tu souris. Tu y arriveras. Déjà tu parviens à te hisser sur tes quatre appuis pour quelques secondes d'hilarité.

Tu as profité de ces instants où j'ai planté mon nez dans mes rêveries pour travailler tes "yayayayayayaya". Et soudain tu me rappel à toi, par un cri strident qui ressemble à un test pour trouver ton octave. Et tu ris.

Alors j'ai plongé mon nez dans ton cou à chaque fois que j'en ai eu l'occasion. Tu te cambre, et lance un petit éclat de rire qui part comme un grelot.
Je t'ai regardé, concentré comme jamais, le menton jonché de bave, mâchonner et attraper tout ce que tu peux découvrir depuis que je ne suis plus ton seul moyen de te saisir du monde. Car ces foutues dents que tu finiras en plus par perdre ne te laisse pas de répits. Mais tu sembles t'en moquer, ça passera.

Aujourd'hui, tu as eu la place de l'enfant unique que tu n'auras jamais vraiment. Aujourd'hui, j'ai pu savourer tous tes sourires, sans le poids du quotidien, sans le partage qu'oblige la fratrie.

Parce qu'ils sont partis, sur ma volonté, me laissant cette (presque) solitude que je ne connais plus depuis bientôt 6 ans. Mais, ça aussi sa passera. Et d'ici là, je garde chacun de tes sourires, toi qui ne pleure jamais, toi qui est si sage, toi qui sembles tout vivre avec la philosophie qui me fait parfois défaut.

Puis de m'octroyer le droit de ne rien faire d'autre que toi, j'ai fini, lentement, en douceur, par enclencher les choses. Ces choses qui noircissent mes listes mentales ou réelles et qui tournent sans arrêt dans ma tête. J'ai commencé ces choses que je ne sais pas par quel bout prendre, car le projet est tellement grand et les étapes pour y parvenir tellement nombreuse. Et quand ils sont là, le présent est tellement plein !

Me libérer quelques jours de vos mains, pour marcher vers ce projet dans lequel je n'aurais finalement plus que vos mains à tenir ! 



D'une rive à l'autre.


Il existe, entre deux vagues, un instant fragile chargé de silence. Quelques millièmes de secondes passé le moment où l'onde déferle avec fracas, l'eau se retire faisant chanter sable, galets et coquillages. C'est après cette fuite et juste avant que la prochaine vague ne vienne reprendre la mélodie. Si vous savez tendre l'oreille, ce silence devient obsédant. Sinon, il peut facilement passer inaperçu.

C'est peut-être l'image que je poserais sur ces absences. Aujourd'hui, je ne vais pas habiller mes propos et maquiller mes émotions. Je me contenterais de dire.

Dire que je devais partir sur la mer, et que finalement je suis redevenue mère pour la troisième fois. C'était une surprise de la vie, et l'enfant qui est née ressemble bel et bien à une surprise à lui tout seul.

Dire que le voyage est bien différent, mais tout de même indéniable. Il n'a juste rien de géographique, il est humain, sensible, noyé d'amour, tumultueux, semblable à des montagnes russes.
C'est un le voyage qui consiste à rencontrer son enfant. Et apprendre de lui ce que les autres ne m'avaient pas encore appris.

Dire que 2 c'est vraiment différent de 3. C'est une gymnastique sans fin. Ce sont des heures qui s'envolent, et finalement des minutes passées à contempler un plis, une courbe, un geste, le changement frénétique des expressions sur ce si petit visage.

Dire le frêle équilibre entre force et fragilité quand on donne la vie. Rester bouche bée face à ce que la nature sait faire de plus beau et considérer le corps comme un outil fantastique. Je ne sais encore pas bien comment j'ai survécu à mes trois accouchements. Comment moi, j'ai été capable de faire tout ça ?

Oui, dire l'absence, parce que la fin de cette grossesse surprise à été épuisante. Jamais je n'avais connu fatigue si récurrente, si aliénante. Condamnée à rester immobile. Si mon corps me le demandait, ma tête n'a pas aimé. Mes mains étaient en regrets. Mes pieds battaient l'impatience. Et sous mon crâne, la tempête. 

Alors j'ai donné la vie et j'ai repris la mienne, la notre. Juste un peu plus vive. Avoir été privée de cette liberté de mouvement m'a donné à voir le besoin viscérale que j'ai de faire bouger le paysage sous mes yeux. Et les enfants jouissent de ce mouvement. Les échappées semblent propices à leurs apprentissages. Plus que jamais, je constate que la découverte d'autres lieux, d'autres ambiances, d'autres rythmes représente une source de culture pour eux. Et j'aime les voir trouver leur équilibre loin du nid. 

Le bateau restera à quai, mon stérilet en à décidé autrement. Et c'est très bien comme ça. 

De cette période d'attente est née un enfant, et beaucoup de questions ont trouvées leurs réponses là où je ne m'y attendais pas. Donner la vie c'est aussi laisser mourir et faire le deuil visiblement. 

En restant à terre j'ai découvert qu'il y avait des bagages à défaire avant de prendre la route. Et que peut-être tout ne devait pas être toujours aussi radicale que me le dicte la fougue de mes (presque) 30 ans. 

Ce n'est pas de la résignation, c'est de l'acceptation. 

Dire que nous avons toujours envie de voyager et d'offrir cette découverte à nos enfants. Dire que ces modes de vie alternatifs nous attirent toujours autant. Mais que faire une chose après l'autre est aussi la meilleur solution pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis.

Êtres stoppés dans notre élan nous à permis de se concentrer sur la transition qu'impose la rupture avec la scolarisation pour notre ainé. Prendre de le temps de se poser la question de ce que nous voulions vraiment lui transmettre et sous quel forme. Prendre le temps aussi de sillonner les routes pour trouver d'autres familles dans notre situation et constater l'étendu des possibles. 

Etre stoppé dans mon élan de grand départ pour d'immensses périples m'a permis de réaliser que le nombres de kilomètres ne compte pas vraiment, l'important c'est ce qu'on fait du voyage.

Mon dernier né aura 5 mois dans quelques jours et la maison doit ressembler pour lui à un port d'attache dans lequel nous jetons l'encre entre deux échappées. Et je ne sais pas si le port d'attache demeurera encore longtemps, mais une chose est sure, si nous n'avons pas pris la mer, nous n'avons pas fini de prendre la route.

Voilà, la pause est finie, les affaires reprennent, les histoires aussi. 

Alors à très vite, j'ai beaucoup de choses à vous raconter.








Accroche toi à ton stérilet chérie !

Voilà bien longtemps que je n'avais plus écrit un mot pour continuer ma saga "la vie quoi" sur les projets de notre petite tribu.

Je résume pour ceux du fond qui n'auraient pas suivi nos tribulations. Nous voilà avec un mari chômeur (heureux) qui cherche métier à sa main, une madame qui à un boulot qu'elle peut exercer de n'importe où, un grand petit garçon de 5 ans qui désormais fait l'école à la maison (où n'importe où que nous soyons), et une petite fille, toute petite mais déjà géante qui n'est pas en âge scolaire et à qui on fiche une paix royale.

En d'autres temps, je vous raconterais les changements qui ont découlés de la déscolarisation de Noé, mais pour en revenir à nos envies de bateau et de voyage, voilà ce qui s'est passé dans la vraie vie. 

Je ne sais plus combien de jours se sont écoulés entre les deux évènements. Nous venions d'annoncer aux maitresses que Noé quittait l'école dès la toussaint pour passer à l'instruction en famille et, accessoirement, devenir un mini navigateur. Je portais alors en moi cette effervescence qui accompagnent les grands changements et les décisions majeures. Il y avait soudain tout à construire, par moi même, avec mes petits dans mes bagages. 
Mais je sentais bien qu'il y avait quelque chose de plus grand encore. Un truc que je repoussait du coude mais qui revenait comme un boomerang sans que je m'accorde le droit d'y croire.

Et pour cause... Cette sensation étrange, je la connaissait pourtant assez bien pour l'avoir déjà testée à deux reprises. J'ai donc parlé avec moi-même une nuit durant, en dormant un peu entre les différentes phases de la cette conversation avec ma conscience. Et au matin, je suis allé sagement à la pharmacie pour me procurer la bandelette magique sur laquelle uriner copieusement. Jamais test de grossesse n'à été aussi rapide. Les deux barres m'ont sauté aux yeux. 

D'accord, mais il est passé où mon stérilet du coup ?

Le mystère reste entiers depuis. A la place de ce petit bout de cuivre, s'est donc implanté un petit oeuf qui depuis n'est plus si petit que ça et qui verra le jour durant les premières semaines de juin.

Ah bon ? Juin ? Mais c'est pas la date où vous deviez prendre la mer ? 

Et bien si, le début de nos escapades devait se situer dans ces eaux-là, précisément au moment ou ma gentille sage-femme me prédit la perte d'eaux bien différentes cette fois.

Depuis, j'ai eu le temps de me faire à l'idée. 

Parce qu'il existe une différence notable entre avoir des enfants naturellement, sans vraiment planifier et le fait peu commun de transformer un stérilet en fœtus.

Parce que 3 c'est pas pareil que deux ( ça vous en bouche un coin hein )

Depuis, j'ai eu le temps de chercher des gilets de sauvetage pour un enfant de 50cm. Chez Kiabi ou H&M ils ne font pas se genre de produit, dans les magasins spécialisés, je suis ressortie bredouille aussi.

Depuis, j'ai eu le temps de me dire qu'un nouveau née en plein été sur un bateau c'est peut-être pas une idée fantastique, c'est même un tantinet trop sportif. 

Je me suis mise en mode cafetière, j'ai laissé le temps d'infuser pour savourer tout l'arôme et, en suite, j'ai laissé décanter tous les paramètres, nouveaux et existants. 

Ce projet est là. Nous avons toujours envie de partir, de découvrir, d'explorer, de sortir un peu des routines que nous nous imposons. Mais pas n'importe comment, et surtout pas si c'est source de pressions ou d'angoisses. Nous continuons de penser que les enfants n'empêchent rien, bien au contraire. Mais en revanche les enfants demandent un brin d'adaptation. 

Et c'est ce qu'on fait désormais. On s'adapte et on imagine les moyens les plus viables et les plus épanouissants pour accueillir le petit troisième en ne perdant pas de vue nos envies, pour nous, pour eux.

Je ne peux pas dire que je n'ai pas eu un grain de déception qui s'est glissé pendant quelques minutes dans mes rouages, indépendemment de la belle nouvelle qui s'offrait à moi, si surprenante soit-elle. Je continue de penser que rien n'arrive par hasard.

J'ai aussi appris ses dernières années que lutter contre le courant ne servait pas à grand chose. On fini toujours par embrasser les évidences, non ? 

Alors j'ai laissé les jours passer, mon ventre s'arrondir et les projets se reformer, en douceur. Cette porte qui s'est ouverte sur l'envie d'ailleurs ne se refermera pas, j'en suis persuadée. Et le fait d'accepter les blocages permet aussi de s'en défaire et de laisser la place à bien d'autres choses. Ainsi, ces mois que j'aurais du passer à préparer un départ ont étés un nouveau départ pour mon petit commerce. J'ai déployé beaucoup d'imagination pour donner à mes ventes une autre tournure, en me rapprochant toujours plus de la façon dont j'envisage ma petite entreprise. 

Et le mouvement appel le mouvement. Ici, j'ai l'impression que quand j'ouvre une porte, trois autres s'ouvrent d'elles mêmes. C'est la magie des belles rencontres, c'est le pouvoir du bouche à oreille. C'est peut-être le Karma. Tous ces efforts ne peuvent pas rester stériles.

Puis avec le temps, mon chômeur de mari fini par envisager lui aussi quel pourrait-être son emplois sur mesure. Un emplois rien qu'à lui et pour lui seul qui lui permettrait de continuer à vivre à nos cotés dans cette mouvance de liberté. 

Et en souriant, j'ai dit un matin : et si je passait le permis fluvial ? On pourrait faire le canal du midi après les grosses chaleurs, c'est beau le canal du midi, c'est du voyage aussi, non ? Et puis avec du fluvial, on peut aller jusqu'en chine si on veut...

Tout ce qui est sur, c'est que nous ne regrettons pas nos choix, ni ce que la vie nous offre. On va continuer de tricoter avec les brins qui nous tombent sous la main.

Bref, la vie quoi !

Alors ? On continu ?

...

Photo par Anne S., amie de longue date, que j'encourage vivement à se bouger le déclencheur pour développer le bel œil qu'elle porte sur les choses et les gens.

T'as un grain mon pauvre !


Il a émis un bruit étrange. Le bruit du mécanisme usé qui se met en grève sans aucun préavis. Ne tenant pas vraiment compte du décalage entre son âge et ma fougue, je l'ai éteint avec précipitation, remis en route. Plusieurs fois. Pour avoir toujours ce même son, assez années 80, de la machine qui démarre, mais cale aussitôt.
Un peu robotique cette façon de penser qu'en redémarrant les choses, tout les problèmes se règlent. Il m'a fait la grâce de quelques images supplémentaires, et puis plus rien. C'était son dernier job. Ses derniers déclenchements.

Dans son ventre, il portait un film enclenché depuis quelques mois, laissé de coté au profit d'un autre, plus prestigieux, surement !
Lui, je le glissait dans n'importe quel sac, sans égards pour ses courbes plastiques. Il me suivait n'importe où. La plage et ses milliards de grains de sables menaçant ne lui faisait pas peur.

Je l'avais trouvé sur le bon coin, 5 euros, port compris. Vous voyez le genre !

Sur son boitier, les traces d'autocollants apposés un jour d'inspiration, poncés par le temps pour ne laisser qu'une forme nette engluée de poussières en tout genre. Un sticker avait survécu, celui d'une marque amie passée d'âge elle aussi, depuis belle lurette.

Je l'ai apporté sans grande cérémonie chez un manipulateur de souvenirs. Il fallait bien que je lui retire de force le film qu'il avait décidé de garder prisonnier. Impossible de lui laisser les images de mes derniers moi. Mon petit laborantin à fait son affaire en quelques minutes, forçant en aveugle sur un mécanisme rétif. Une sorte de théatre de marionnette sans images. Une mini chambre noir ou ses deux mains gigotaient avec délicatesse pourtant, pour ne pas briser mes émotions en négatif.

C'était son dernier job, et voilà ce qu'il en est ressorti. En découvrant ses images, je vois à quel point il s'est usé le déclencheur pour me sortir des images. Mais, force est de constater qu'il était au bout du rouleau. Incapable de trouver la lumière que je lui fournissait pourtant. L'objectif résolument sali par les mauvais traitements que je lui ai fait subir. Et parfois, allez savoir pourquoi, il m'a pondu du rose là où je ne pensais qu'en noir et blanc.

Je l'ai mis à la poubelle. Sans émotions. J'en ai d'autres comme lui, enfin, dans son genre. Le genre à 5 euros sur le bon coin, frais de port compris. Le genre que les enfants des années 80 emportaient pendant leur colonie de vacances loin de papa et maman, le clapet plein d'une pelloche Kodak 400 asa et qui aujourd'hui se marchande à 5 balles et portent dans leurs housse une odeur de grenier.

















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