Ca aussi ça passera.


Ils sont partis ce matin, laissant à leur suite une maison vide. Je n'ai pas cuisiné de la journée, ou si peu, en tout cas, à n'importe quelle heure. J'ai mangé debout dans la cuisine, dans le salon aussi, et même en montant les escaliers. J'ai laissé trainé des miettes sur la table, et joué l'aveugle pour tout ce qui trainait encore par terre.

J'ai mis de la musique, n'écoutant que mes envies, aucune chanson pour enfant. Puis j'ai tout éteint, et écouté le silence. Je n'ai pas parlé. Je n'ai répondu à aucune question. J'ai même fermé la porte à clé pour parer à toutes visites. Parce qu'ici, chez moi, c'est un peu comme dans un moulin, on frappe à la volée et on entre pour vérifier sans jamais vraiment attendre la réponse.

J'ai laissé passé des instants vides, j'ai regardé par la fenêtre le ciel se battre dans le vent. Je suis sortie, j'ai marché à mon pas, sans aucune pause forcée, les mains vides, dans le silence encore.

Seule ? Pas vraiment. Pas du tout en fait. Je t'avais toi, mon tout petit. Toi qui d'habitude est trimballé entre tes frères et sœurs, patient, toujours, curieux de tout, toujours, souriant et facile, toujours.
Toi, qui à profité du silence, puis des mots prononcés juste pour toi. Tu as profité du calme et de ces instants où je n'ai fait que te regarder. Toi qui déjà force comme un bougre pour parvenir à tenir ce ventre au dessus de ta ligne de flottaison.  Tu cherches ton quatre patte à grand renfort de pompes désordonnées. Ta tête plonge, parfois tu renverse complètement. Et toujours tu souris. Tu y arriveras. Déjà tu parviens à te hisser sur tes quatre appuis pour quelques secondes d'hilarité.

Tu as profité de ces instants où j'ai planté mon nez dans mes rêveries pour travailler tes "yayayayayayaya". Et soudain tu me rappel à toi, par un cri strident qui ressemble à un test pour trouver ton octave. Et tu ris.

Alors j'ai plongé mon nez dans ton cou à chaque fois que j'en ai eu l'occasion. Tu te cambre, et lance un petit éclat de rire qui part comme un grelot.
Je t'ai regardé, concentré comme jamais, le menton jonché de bave, mâchonner et attraper tout ce que tu peux découvrir depuis que je ne suis plus ton seul moyen de te saisir du monde. Car ces foutues dents que tu finiras en plus par perdre ne te laisse pas de répits. Mais tu sembles t'en moquer, ça passera.

Aujourd'hui, tu as eu la place de l'enfant unique que tu n'auras jamais vraiment. Aujourd'hui, j'ai pu savourer tous tes sourires, sans le poids du quotidien, sans le partage qu'oblige la fratrie.

Parce qu'ils sont partis, sur ma volonté, me laissant cette (presque) solitude que je ne connais plus depuis bientôt 6 ans. Mais, ça aussi sa passera. Et d'ici là, je garde chacun de tes sourires, toi qui ne pleure jamais, toi qui est si sage, toi qui sembles tout vivre avec la philosophie qui me fait parfois défaut.

Puis de m'octroyer le droit de ne rien faire d'autre que toi, j'ai fini, lentement, en douceur, par enclencher les choses. Ces choses qui noircissent mes listes mentales ou réelles et qui tournent sans arrêt dans ma tête. J'ai commencé ces choses que je ne sais pas par quel bout prendre, car le projet est tellement grand et les étapes pour y parvenir tellement nombreuse. Et quand ils sont là, le présent est tellement plein !

Me libérer quelques jours de vos mains, pour marcher vers ce projet dans lequel je n'aurais finalement plus que vos mains à tenir ! 



D'une rive à l'autre.


Il existe, entre deux vagues, un instant fragile chargé de silence. Quelques millièmes de secondes passé le moment où l'onde déferle avec fracas, l'eau se retire faisant chanter sable, galets et coquillages. C'est après cette fuite et juste avant que la prochaine vague ne vienne reprendre la mélodie. Si vous savez tendre l'oreille, ce silence devient obsédant. Sinon, il peut facilement passer inaperçu.

C'est peut-être l'image que je poserais sur ces absences. Aujourd'hui, je ne vais pas habiller mes propos et maquiller mes émotions. Je me contenterais de dire.

Dire que je devais partir sur la mer, et que finalement je suis redevenue mère pour la troisième fois. C'était une surprise de la vie, et l'enfant qui est née ressemble bel et bien à une surprise à lui tout seul.

Dire que le voyage est bien différent, mais tout de même indéniable. Il n'a juste rien de géographique, il est humain, sensible, noyé d'amour, tumultueux, semblable à des montagnes russes.
C'est un le voyage qui consiste à rencontrer son enfant. Et apprendre de lui ce que les autres ne m'avaient pas encore appris.

Dire que 2 c'est vraiment différent de 3. C'est une gymnastique sans fin. Ce sont des heures qui s'envolent, et finalement des minutes passées à contempler un plis, une courbe, un geste, le changement frénétique des expressions sur ce si petit visage.

Dire le frêle équilibre entre force et fragilité quand on donne la vie. Rester bouche bée face à ce que la nature sait faire de plus beau et considérer le corps comme un outil fantastique. Je ne sais encore pas bien comment j'ai survécu à mes trois accouchements. Comment moi, j'ai été capable de faire tout ça ?

Oui, dire l'absence, parce que la fin de cette grossesse surprise à été épuisante. Jamais je n'avais connu fatigue si récurrente, si aliénante. Condamnée à rester immobile. Si mon corps me le demandait, ma tête n'a pas aimé. Mes mains étaient en regrets. Mes pieds battaient l'impatience. Et sous mon crâne, la tempête. 

Alors j'ai donné la vie et j'ai repris la mienne, la notre. Juste un peu plus vive. Avoir été privée de cette liberté de mouvement m'a donné à voir le besoin viscérale que j'ai de faire bouger le paysage sous mes yeux. Et les enfants jouissent de ce mouvement. Les échappées semblent propices à leurs apprentissages. Plus que jamais, je constate que la découverte d'autres lieux, d'autres ambiances, d'autres rythmes représente une source de culture pour eux. Et j'aime les voir trouver leur équilibre loin du nid. 

Le bateau restera à quai, mon stérilet en à décidé autrement. Et c'est très bien comme ça. 

De cette période d'attente est née un enfant, et beaucoup de questions ont trouvées leurs réponses là où je ne m'y attendais pas. Donner la vie c'est aussi laisser mourir et faire le deuil visiblement. 

En restant à terre j'ai découvert qu'il y avait des bagages à défaire avant de prendre la route. Et que peut-être tout ne devait pas être toujours aussi radicale que me le dicte la fougue de mes (presque) 30 ans. 

Ce n'est pas de la résignation, c'est de l'acceptation. 

Dire que nous avons toujours envie de voyager et d'offrir cette découverte à nos enfants. Dire que ces modes de vie alternatifs nous attirent toujours autant. Mais que faire une chose après l'autre est aussi la meilleur solution pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis.

Êtres stoppés dans notre élan nous à permis de se concentrer sur la transition qu'impose la rupture avec la scolarisation pour notre ainé. Prendre de le temps de se poser la question de ce que nous voulions vraiment lui transmettre et sous quel forme. Prendre le temps aussi de sillonner les routes pour trouver d'autres familles dans notre situation et constater l'étendu des possibles. 

Etre stoppé dans mon élan de grand départ pour d'immensses périples m'a permis de réaliser que le nombres de kilomètres ne compte pas vraiment, l'important c'est ce qu'on fait du voyage.

Mon dernier né aura 5 mois dans quelques jours et la maison doit ressembler pour lui à un port d'attache dans lequel nous jetons l'encre entre deux échappées. Et je ne sais pas si le port d'attache demeurera encore longtemps, mais une chose est sure, si nous n'avons pas pris la mer, nous n'avons pas fini de prendre la route.

Voilà, la pause est finie, les affaires reprennent, les histoires aussi. 

Alors à très vite, j'ai beaucoup de choses à vous raconter.








Chante ton conte beau merle.


Le vent souffle et cogne la façade. Il s'engouffre par la fenêtre laissée ouverte, emportant dans ces volutes ces milliards de poussières invisibles si le soleil ne se mêle pas à l'affaire.

Cette fenêtre que je ne ferme qu'au petit matin lorsque les oiseaux décident de saluer l'arrivée du jour. C'est drôle comme ce bruit de fond agréable durant la journée peut être assourdissant au petit matin. 
Ce sont les seuls bruits dont je souffre. Parfois la voiture d'un voisin passe. Parfois un avion dans l'azur.

Et le bruissement soutenu des feuilles coiffées par le vent.

Le soleil s'est posé, imparable, franc et sur de lui. J'ai commencé à lui barrer le passage pour garder un peu de fraîcheur dans la maison. Il semble alors se venger sur la jardin qu'il inonde sans réserves.
Et au soir, quand il part se cacher derrière la montagne, juste derrière la maison, ce sont des litres d'eau qu'il faut abattre sur nos plantations pour espérer qu'elles résistent au lendemain.

J'ai eu tellement de choses à dire et a démêler ces derniers mois, ces dernieres semaines, ces derniers jours, que je me retrouve moi aussi, balayée par le vent, assommée par la soleil. Et silencieuse.

Je laisse les livres dire pour moi. Il défilent au pied de ma couche comme des amants passagers. Et je n'ai plus peur de les répudiés si leur caresse ne me sied guère. Un autre prendra si facilement la place.

J'ai recommencé à croquer des femmes aussi. Les posées sur des papiers et travailler leurs traits. Elle n'attendaient que ça la garces. Trop longtemps délaissées peut-être, les voilà qui s'agglutines à mes crayons et poussent pour sortir. Parfois en vrac. L'émotion n'est pas passée en entier. Il n'y a plus qu'a recommencer.

Fait peu habituel et pour le moins troublant, j'ai du temps pour moi. Pour moi seule, sans enfants, sans mari. C'est un temps qui s'impose à moi et je me sent fine bouche de ne pas savoir apprécier pleinement cette carence. Mais je me sent condamnée à ne jamais choisir réellement la cadence adoptée. Alors aujourd'hui je suis seule parce que je n'ai pas le choix, et j'ai du temps car je ne peux pas faire autrement.

Je ne dois pas être une bonne cliente au lâcher-prise et à toutes ces recettes que les gourous du développement personnel égrainent de toute part. Moi, je ne suis que moi, humaine imparfaite et paradoxale.

Et pour l'instant, j’apprends, en laissant le vent s'engouffrer par la fenêtre ouverte, balayant sur son passage des milliards de poussières invisibles si le soleil ne se mêle pas à l'affaire !

...

Acrylique sur papier -  Les naïves d'été #1 -  2017- 24x32cm - 80€.

Accroche toi à ton stérilet chérie !

Voilà bien longtemps que je n'avais plus écrit un mot pour continuer ma saga "la vie quoi" sur les projets de notre petite tribu.

Je résume pour ceux du fond qui n'auraient pas suivi nos tribulations. Nous voilà avec un mari chômeur (heureux) qui cherche métier à sa main, une madame qui à un boulot qu'elle peut exercer de n'importe où, un grand petit garçon de 5 ans qui désormais fait l'école à la maison (où n'importe où que nous soyons), et une petite fille, toute petite mais déjà géante qui n'est pas en âge scolaire et à qui on fiche une paix royale.

En d'autres temps, je vous raconterais les changements qui ont découlés de la déscolarisation de Noé, mais pour en revenir à nos envies de bateau et de voyage, voilà ce qui s'est passé dans la vraie vie. 

Je ne sais plus combien de jours se sont écoulés entre les deux évènements. Nous venions d'annoncer aux maitresses que Noé quittait l'école dès la toussaint pour passer à l'instruction en famille et, accessoirement, devenir un mini navigateur. Je portais alors en moi cette effervescence qui accompagnent les grands changements et les décisions majeures. Il y avait soudain tout à construire, par moi même, avec mes petits dans mes bagages. 
Mais je sentais bien qu'il y avait quelque chose de plus grand encore. Un truc que je repoussait du coude mais qui revenait comme un boomerang sans que je m'accorde le droit d'y croire.

Et pour cause... Cette sensation étrange, je la connaissait pourtant assez bien pour l'avoir déjà testée à deux reprises. J'ai donc parlé avec moi-même une nuit durant, en dormant un peu entre les différentes phases de la cette conversation avec ma conscience. Et au matin, je suis allé sagement à la pharmacie pour me procurer la bandelette magique sur laquelle uriner copieusement. Jamais test de grossesse n'à été aussi rapide. Les deux barres m'ont sauté aux yeux. 

D'accord, mais il est passé où mon stérilet du coup ?

Le mystère reste entiers depuis. A la place de ce petit bout de cuivre, s'est donc implanté un petit oeuf qui depuis n'est plus si petit que ça et qui verra le jour durant les premières semaines de juin.

Ah bon ? Juin ? Mais c'est pas la date où vous deviez prendre la mer ? 

Et bien si, le début de nos escapades devait se situer dans ces eaux-là, précisément au moment ou ma gentille sage-femme me prédit la perte d'eaux bien différentes cette fois.

Depuis, j'ai eu le temps de me faire à l'idée. 

Parce qu'il existe une différence notable entre avoir des enfants naturellement, sans vraiment planifier et le fait peu commun de transformer un stérilet en fœtus.

Parce que 3 c'est pas pareil que deux ( ça vous en bouche un coin hein )

Depuis, j'ai eu le temps de chercher des gilets de sauvetage pour un enfant de 50cm. Chez Kiabi ou H&M ils ne font pas se genre de produit, dans les magasins spécialisés, je suis ressortie bredouille aussi.

Depuis, j'ai eu le temps de me dire qu'un nouveau née en plein été sur un bateau c'est peut-être pas une idée fantastique, c'est même un tantinet trop sportif. 

Je me suis mise en mode cafetière, j'ai laissé le temps d'infuser pour savourer tout l'arôme et, en suite, j'ai laissé décanter tous les paramètres, nouveaux et existants. 

Ce projet est là. Nous avons toujours envie de partir, de découvrir, d'explorer, de sortir un peu des routines que nous nous imposons. Mais pas n'importe comment, et surtout pas si c'est source de pressions ou d'angoisses. Nous continuons de penser que les enfants n'empêchent rien, bien au contraire. Mais en revanche les enfants demandent un brin d'adaptation. 

Et c'est ce qu'on fait désormais. On s'adapte et on imagine les moyens les plus viables et les plus épanouissants pour accueillir le petit troisième en ne perdant pas de vue nos envies, pour nous, pour eux.

Je ne peux pas dire que je n'ai pas eu un grain de déception qui s'est glissé pendant quelques minutes dans mes rouages, indépendemment de la belle nouvelle qui s'offrait à moi, si surprenante soit-elle. Je continue de penser que rien n'arrive par hasard.

J'ai aussi appris ses dernières années que lutter contre le courant ne servait pas à grand chose. On fini toujours par embrasser les évidences, non ? 

Alors j'ai laissé les jours passer, mon ventre s'arrondir et les projets se reformer, en douceur. Cette porte qui s'est ouverte sur l'envie d'ailleurs ne se refermera pas, j'en suis persuadée. Et le fait d'accepter les blocages permet aussi de s'en défaire et de laisser la place à bien d'autres choses. Ainsi, ces mois que j'aurais du passer à préparer un départ ont étés un nouveau départ pour mon petit commerce. J'ai déployé beaucoup d'imagination pour donner à mes ventes une autre tournure, en me rapprochant toujours plus de la façon dont j'envisage ma petite entreprise. 

Et le mouvement appel le mouvement. Ici, j'ai l'impression que quand j'ouvre une porte, trois autres s'ouvrent d'elles mêmes. C'est la magie des belles rencontres, c'est le pouvoir du bouche à oreille. C'est peut-être le Karma. Tous ces efforts ne peuvent pas rester stériles.

Puis avec le temps, mon chômeur de mari fini par envisager lui aussi quel pourrait-être son emplois sur mesure. Un emplois rien qu'à lui et pour lui seul qui lui permettrait de continuer à vivre à nos cotés dans cette mouvance de liberté. 

Et en souriant, j'ai dit un matin : et si je passait le permis fluvial ? On pourrait faire le canal du midi après les grosses chaleurs, c'est beau le canal du midi, c'est du voyage aussi, non ? Et puis avec du fluvial, on peut aller jusqu'en chine si on veut...

Tout ce qui est sur, c'est que nous ne regrettons pas nos choix, ni ce que la vie nous offre. On va continuer de tricoter avec les brins qui nous tombent sous la main.

Bref, la vie quoi !

Alors ? On continu ?

...

Photo par Anne S., amie de longue date, que j'encourage vivement à se bouger le déclencheur pour développer le bel œil qu'elle porte sur les choses et les gens.

T'as un grain mon pauvre !


Il a émis un bruit étrange. Le bruit du mécanisme usé qui se met en grève sans aucun préavis. Ne tenant pas vraiment compte du décalage entre son âge et ma fougue, je l'ai éteint avec précipitation, remis en route. Plusieurs fois. Pour avoir toujours ce même son, assez années 80, de la machine qui démarre, mais cale aussitôt.
Un peu robotique cette façon de penser qu'en redémarrant les choses, tout les problèmes se règlent. Il m'a fait la grâce de quelques images supplémentaires, et puis plus rien. C'était son dernier job. Ses derniers déclenchements.

Dans son ventre, il portait un film enclenché depuis quelques mois, laissé de coté au profit d'un autre, plus prestigieux, surement !
Lui, je le glissait dans n'importe quel sac, sans égards pour ses courbes plastiques. Il me suivait n'importe où. La plage et ses milliards de grains de sables menaçant ne lui faisait pas peur.

Je l'avais trouvé sur le bon coin, 5 euros, port compris. Vous voyez le genre !

Sur son boitier, les traces d'autocollants apposés un jour d'inspiration, poncés par le temps pour ne laisser qu'une forme nette engluée de poussières en tout genre. Un sticker avait survécu, celui d'une marque amie passée d'âge elle aussi, depuis belle lurette.

Je l'ai apporté sans grande cérémonie chez un manipulateur de souvenirs. Il fallait bien que je lui retire de force le film qu'il avait décidé de garder prisonnier. Impossible de lui laisser les images de mes derniers moi. Mon petit laborantin à fait son affaire en quelques minutes, forçant en aveugle sur un mécanisme rétif. Une sorte de théatre de marionnette sans images. Une mini chambre noir ou ses deux mains gigotaient avec délicatesse pourtant, pour ne pas briser mes émotions en négatif.

C'était son dernier job, et voilà ce qu'il en est ressorti. En découvrant ses images, je vois à quel point il s'est usé le déclencheur pour me sortir des images. Mais, force est de constater qu'il était au bout du rouleau. Incapable de trouver la lumière que je lui fournissait pourtant. L'objectif résolument sali par les mauvais traitements que je lui ai fait subir. Et parfois, allez savoir pourquoi, il m'a pondu du rose là où je ne pensais qu'en noir et blanc.

Je l'ai mis à la poubelle. Sans émotions. J'en ai d'autres comme lui, enfin, dans son genre. Le genre à 5 euros sur le bon coin, frais de port compris. Le genre que les enfants des années 80 emportaient pendant leur colonie de vacances loin de papa et maman, le clapet plein d'une pelloche Kodak 400 asa et qui aujourd'hui se marchande à 5 balles et portent dans leurs housse une odeur de grenier.

















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La tempête sous nos bottes.

 

Nous avons quittés la maison pour trois jours. Sans regarder la météo, sans se soucier le moins du monde de ce qui nous attendais. Mon atelier bien rangé au fond d'un sac, quelques livres pour les heures où les petits yeux fatiguent, et nos bottes en caoutchouc. 

Direction les bords de la Méditerranée. A force de temps et d'efforts, elle réussira à me séduire cette petite mer. Elle avait ce jour là, fait le gros dos juste pour nous. Bouffant la plage à pleine vague, répandant le bruit sourd de ce mariage unique entre le vent et l'eau.

Et du vent, nous sommes parvenus à nous en abrités, le temps de poser nos fesses dans le sable pour y fabriquer des volcans et des bonhommes de neige. Le temps de s'inventer des millier d'objets et d'animaux dans les morceaux de bois flottés que la mer avait laissé là.

Eux, ils avaient les joues rougies par les gifles d’Éole. Quelques courses simples et rapide. Ils grignotent leur morceau de pain pendant que leur père et moi choisissons des repas simples, que tout le monde aime. 
Puis l'appartement. Pièce de vie unique. Tous les meubles "d'avant" qui ont échoué ici, au milieu des coquillages et des palmiers pailletés, souvenirs d'une coupe de glace noyée de chantilly.
Un appartement de vacance avec sur la table une toile cirée aux couleurs et aux symboles marins. Intemporel en somme.

Ici, ils sont bien. Nous évoluons tous dans la même pièce de vie. Un gros carton sert de caisse de jouets. On entend un peu la musique de la voisine, pour me venger, avec humour, je balance du Joe Dassin. Les enfants rigolent, moi aussi.
Je nous trouve stupides parfois avec nos maisons immenses aux 10000 pièces, à nous agacer de voir les enfants toujours confinés dans l'espace où nous nous trouvons alors. Je me remet à rêver d'une tiny house, soudain, un bus aménagé, une toute petite chaumière en Bretagne... Mais pour l'instant c'est le marin qui souffle comme un dératé. Et la pluie qui est arrivée avec le soir. Mais avant demain il faut coucher ces petits saoulés de vent et d'embruns dans la minuscule chambre du haut. Heureux comme des papes de partager le même lit et de pouvoir se raconter des histoires dont eux seuls connaissent l'intrigue et la chute.

Nous, nous écoutons la tempête qui monte, en silence, en lisant quelques pages. Et bientôt le sommeil. Si demain il pleut nous irons au musée qui nous fait de l’œil, plus loin dans les terres. Puis à la piscine. Oui, celle avec son grand toboggan en tire-bouchon qui nous fait instantanément nous sentir comme des enfants de 5 ans. Et l'enfant de 5 ans, on ne contera pas le nombre de fois où il est monté au pas de courses pour se jeter dans ce tube en hurlant de bonheur et de trouille mêlée.

Au matin du troisième jour, ne reste que cette mer un peu marron pour rappeler la folie des deux derniers jours. La plage est réapparue, lissée comme une salle de bal. Et la où la mer s'est arrêtée, contrainte par un relief ou des roches, des tonnes de morceaux de bois, parfois des troncs entiers sont venus se perdre.
Mais la chasse au trésor ne s'arrête pas la, car là où les vagues déferlent aujourd'hui, c'est un désert de coquillages, petits et gros qui s'étend sur cette cote horizontale et sans fond. 

De ma poche, j'ai sorti un vieux sac plastique troué que petits et grands avons pris soin de remplier des trésors en forme de souvenir. Souvenir de ce dernier matin où le soleil nous caressait les joues, bercés par le ronron de la mer et la fraîcheur du sable sous nos doigts.

Avant de rentrer à la maison, la trop grande, mais l'adorée, où la table n'a pas de toile cirée et où nous n'entendons pas les voisins, pas plus que Joe Dassin d'ailleurs. Celle où j'ai mis toutes nos trouvailles dans la passoire, surprise de ne pas recevoir des coquillettes bouillantes, pour retirer les derniers grains de sable, avant d'étaler le tout sur la table de la cuisine, où nous nous sommes entassés pour contempler ce qu'il restait alors de nos trois jours d'échappée belle.

Ça, et les images qui ne se partagent qu'au creux des souvenirs communs.

...

Belle semaine.




Ils vécurent heureux et eurent quelques petits problèmes de communication.

   Hier, je recevais sur mon portable le message coléreux d'une amie, qui, je ne sais comment, s'est aperçu que son compagnon (majeur et indépendant depuis de longues années déjà) fumait en cachette. Je répondais par un trait d'humour, heurtée par la question pénible : comportons-nous à ce point en mère pour que nos amoureux finissent inlassablement par nous considérer comme telles ?

Parce-que, voyez-vous, à la rigueur, je crois que NOUS (oui, je passe en mode porte parole des femmes fatiguées) n'en avons rien à branler du cancer égoïste qui nous laissera veuves dans le cas présent. Ce qui nous importe et nous insupporte, c'est la partie "en cachette". Soudain, nous passons de la femme à la sorcière qui bride une existence qui n'est pas la sienne, à dada sur son balais de femme d'intérieur.

Oui, l'impression d'être cataloguée mégère d'office, juste parce que nous vivons aux cotés d'un homme. Homme sur lequel, pourtant, nous n'avons aucun pouvoir. Mégère donc, et de fait, notre chère et tendre moitié se met en tête de nous fantasmer un caractère explosif. Donc, on dissimule pour éviter l'affrontement rageur avec madame... Alors que ce qui fait enrager madame c'est de se voir dissimuler des choses, qui justement n'auraient pas à l'être. Et comme, qui peut le plus, peut le moins, ou inversement, la petite machine de l'imagination se met en route comme un vélo bien huilé, et soudain, on se demande quel genre d'informations sont encore cachées si quelque chose d'insignifiant est tût... Crime, compte bancaires au caïman, enfant illégitime, dogue, maitresse en tout genre, implants capillaires, scientologie, poster de Justin Bieber ? On peut partir loin, et vite !

Ah le couple, ce mystère séculaire, cette institution enracinée... Quel merdier. 

En une galipette, je vais vous emmener dans la suite de mes pensées. Avec une autre amie, nous parlions de parité, de modèle de couple, d'attentes réelles et de relations fantasmées. Et voilà où j'en suis arrivée:

Je ne sais pas si je me comporte comme une mère avec mon amoureux. Par la force des choses, sans doute un peu. Mais de toute évidence, je déteste ça, et le rôle, qu'involontairement il me donne et que j’accepte (POURQUOI???) d'endosser. Ce que je sais en revanche, c'est que lui, a un exemple de mère, et de femme au sein du couple. Et c'est là que ça se corse. Parce que même si mon bonhomme est un bon bougre, aidant et volontaire, par rapport au couple parental dont il est issu, c'est, à n'en pas douter, une sorte de super héro de la parité. Et si j'ouvre un peu l’œil dans les maisons que je fréquente, je peux même me vanter d'avoir un keum qui assure grave.

On en vient à mon modèle premier, et c'est la que ça part un peu en sucette. On m'a souvent posé la question de savoir ce que ça faisait d'avoir des parents séparés. Disons que pour moi c'est de naissance, autant dire que c'est inné et que, n'ayant rien connu d'autre, je n'ai pas vraiment de point de comparaison tangible. Dans ce "rien d'autre", j'ai grandis au contact de deux parents célibataires, s'assumant l'un et l'autre et assumant leur enfants, leur maison, leur vie, en solitaire. Partant de là, mon bonhomme n'est plus du tout un super héro de la parité. C'est même un gros handicapé de la vie à deux (la faute au modèle patriarcal hein !). Parce que je ne vois pas mes parents comme des Mac Gyver de la vie quotidienne, loin de là. J'ai laissé toute idéalisation au placard pour les tenter de les appréhender comme ils sont. Mais ce qu'ils ont laissés dans mon éducation, c'est une absence totale de nécessité vis à vis du couple. Être avec quelqu'un pour seulement être avec quelqu'un me semble inutile, le lit vide ne m’effraie pas (à moi la diagonaaaaale), j'aime beaucoup le silence, la solitude est loin de l'aspect phobique qu'on lui prête bien souvent. 

Donc le couple, loin d'être une recherche et une volonté suprême est devenue une simple histoire de personne, une simple histoire d'évidence, une "simple" histoire d'amour. Avec cet amour, j'ai découvert bon nombre de choses, mais aussi les affres de la vie quotidienne et ce que chacun est prêt à mettre dedans. Donc me voilà bloquée entre la réalité de modèles qui traversent les génération, quoi qu'on veuille en dire, et ce que je connais de moi... Puis de lui. Ça pourrait pourtant être assez simple dès le départ, car en l'absence de modèle j'ai tout à construire. On pourrait même risquer de dire que je perçoit l'autre comme autre, et non pas comme continuité de moi-même ou moitié de ma petite personne. Donc dans autre, j’entends aussi caractère distinct, envies différentes, façon de pensée propre etc. Bref, il n'est pas moi, je ne suis pas lui, à nous de trouver notre équilibre avec tout ça. Comme on le fait souvent si bien avec nos relations amicales.

Mais alors pourquoi, pourquoi, POURQUOI tombons nous dans ces pièges bâtards et chronophages qui nous poussent à ce genre de comportements stupides, puériles, inutiles ??? On ment, on cache, on arrange, on exige, on soumet, on délègue, on déconne... On se contorsionne pour trouver le comportement que l'on pense que l'autre appréciera. On tente ainsi d'être de bien piètres médiums, et finalement la seule chose prévisible, c'est la stérilité blessante de ces efforts inutiles.

Puis quand l'histoire d'amour devient une histoire de famille, les modèles et raccourcis sont encore plus délicats à éviter. Mais il est clair que ce que je fais pour mes enfants n'est pas applicable à la personne qui marche à mes cotés, pour la bonne et simple raison qu'elle n'est plus un enfant justement, et que c'était au départ un critère de sélection pour former le couple que je vis aujourd'hui. Je n'admire pas ces femmes qui considère leur mari avec douceur comme le deuxième, troisième ou quatrième enfant de la famille. Je n'admire pas non plus les maris dans cette position. Je me demande où est l’intérêt, pour le couple, pour les enfants réels, pour les deux partis ? A chaque tranche de vie son rôle, à chaque rôle sa tranche de vie.

Et puis voilà, on peut dire autant qu'on le souhaite à nos fils qu'il faut travailler la parité dans la vie de couple, de famille et toutes les autres vies, rien ne vaut l'exemple qu'ils ont sous les yeux. Et c'est peut-être là que la bas blesse. On pourra dire autant qu'on veut à nos petits hommes en devenir qu'ils doivent passer l'aspirateur et donner la purée à bébé, rien ne vaut ce qu'on leur donne à voir, l'exemple premier, celui qu'on encre dans leur mémoire comme les plus beaux contes qu'on lit chaque soirs à leur chevet. 

Les contes des sorcières, des marâtres et des furies en tout genre...

Bref, c'est quand qu'on parle la même langue ? Parce que la parité, c'est un concept aussi tangible que le père-Noël à mes yeux, mais le respect de l'autre dans son individualité et la compréhension qu'on peut tenter de mettre en place, ça je trouve que c'est une bonne option. Non ? Il y a un monde entre être à deux et s'apporter soutiens, entraide et pistes de réflexion et être à deux pour infantiliser, donner la becquée et materner quelqu'un qui n'a plus à l'être depuis belle lurette.

Et puis, à sa planquer derrière un rideau, on prend quand même le risque d'avoir les pieds qui dépassent.

La danseuse invisible.



Il suffit parfois de changements infimes pour bousculer l'ordinaire. La place d'un meuble. La couleur d'un mur. L'espace désuet entre deux éléments.

Désuet, mais ô combien signifiant. C'est cet espace qui crée la différence. C'est sur lui que se tournent et se retournent les pensées. C'est sur lui que se repose l'imaginaire.

J'admire la constance immobile de certains lieux. Chez-moi, tout semble voué au mouvement. C'est aussi une façon de ne jamais être au même endroit peut-être ?

Il suffit d'une intonation qui chavire, pic, puis revient, pour changer une phrase. N'abordons même pas le sens des mots. Laissons là le sens des maux.

C'est le trait d'un visage qui se plisse, chagrine ou réchauffe une expression. Ce mouvement microscopique qui fait naître l'interprétation sauvage de nos fantasmes.

C'est toutes les phrases que l'on invente entre les mots de celui qui parle. Ce sont celles que l'on construit quand l'autre se tait alors. Elles naissent peut-être simplement de notre envie, de notre besoin. On est parfois bien peu de choses face au silence. 

Et ce silence, notre tête ne pourrait nous l'accorder. Mais il n'en est rien. Quand le verbe se tait, commence le théâtre des pensées. Quel que soit le décors, la pièce semble sans fin. Les tiroirs ne cessent de s'ouvrir. Les rebondissement sont monnaie courante. 

Aucun moyen de faire taire ce vacarme. C'est une condamnation comme une autre.

Où vont-elle toutes ses pensées ? 

Car voilà, si on y pense justement, la pensée n'est pas le fait. Mais bien appuyée, elle y ressemble pourtant comme deux gouttes d'eau. 

Poussez votre armoire, un rien vers la droite, et persuadez-vous que tout ira mieux en ne cessant de ruminer à quel point ce changement conditionne votre vie. Qu'adviendra-t-il ? Comment se créent finalement les vérités qui nous enserrent ?

Il suffit parfois de peu de choses. Il suffit souvent de peu de choses. Elles sont là, invisibles et pourtant si réelles. Tourbillonnantes, valseuses, danseuses endiablées. Elles sont la somme de tout. Une histoire d'histoire, une affaire de contexte, une question de personne. Elles sont indénombrables, bordéliques, aléatoires, obsédantes, sottes, brillantes, tendres, drôles, douloureuses, castratrices, intelligentes, redondantes... 

Il suffit parfois de peu de choses. La résonnance étrange d'un détail qui fait venir sur le devant de la scène la pensée qui résoud tout. La solution à l'impossible équation qui nous étouffait depuis des semaine.

Il suffit parfois de savoir écouter UNE seule pensée et de laisser passer toutes les autres sans les retenir plus que de raison. Valser soudain avec cette cavalière unique. La danseuse invisible qui marque la fin de cette pièce rocambolesque qu'on s'était créée, un jour, naïvement, en pensant que ça n'aurais plus d'importance dans l'instant d'après, dans le meuble qu'on déplace, dans le mur qu'on repeint, dans l'espace désuet qui sépare deux éléments.



Le désir des oubliés.



J'ai laissé l'arrière de mon crâne s'écraser sur les coussins. Par ma fenêtre, je ne vois qu'une maison, massive et immobile. Le seul indice qui semble lui donner vie est la fumée qui depuis quelques semaines s'échappe de sa cheminée. L'hiver arrive, qui en doutait encore ?

Plus loin, les lignes verticales d'une vigne parée de ses couleurs d'automne. Une robe superbement lumineuse pour une mort programmée en somme. En suite, c'est le dédale des ombres et des verts permanents. De ces conifères frileux qui jamais ne dévoilent leur branche. Une barrière sombre qui vient délimiter le ciel. Oui, après, je ne vois plus que le ciel. La ballet lent mais constant des nuages qui ne cessent de se mouvoir en une danse lente et aléatoire. Éole est un sacré chorégraphe.

Regarder par ma fenêtre et ne rien faire d'autres, en oubliant vite vite vite le temps qui passe et qui porte avec lui une somme de choses à faire.

A partir dans des projets de commande, je me retrouve sous la contrainte d'un trait qui n'est pas tout à fait le mien. Si je travaillais pour moi j'aurais saigner un peu plus la couleur, violenté la plume et l'encre. Mais là, rien de tout ça. Je me contente de poser traits et couleurs sages sur un document qui ne dois pas me ressembler, qui à sa vie propre et ou chacun doit pouvoir se reconnaitre.

Alors je me plie, je m'y astreint, je dessine avec application. Mais sous cette retenue sage, boue le volcan de tout ce que, soudain, mes crayons aimeraient faire. Les traitres. Alors qu'ils n'avaient pas manifestés leur présence depuis quelques semaines, les voilà qui trépignent d'impatience de se retrouver lâchés sur un format récréatifs. Il attendent, les bougres, de pouvoir sortir du cadre et imposer leur graphisme.

Le temps de finir ma commande, je résiste, je suis disciplinée finalement. Mais quand les projets sont terminés, les chèques encaissés, les clients satisfaits, l'envie boue toujours, belle et bien réel.

C'est peut-être toujours comme ça finalement. Il suffit de se retrouver enfermé pour considérer le luxe des grands espaces.  Etre privé d'une chose pour en ressentir le désir ardant.

Alors, je prend une pause, la tête balancée sur mes coussins, avant de prendre la route d'un travail sans filet, bien plus personnel, sans aucune figure imposée...

Le temps de prendre le temps d'un moment inutile et déjà passé.






Maman les petits bateau qui vont sur l'eau ont-ils des jambes ?



 Donc, si on résume pour les lecteurs vaporeux : Nous avons, une famille de 4 marginaux en devenir, un rafiot habitable et des envies d'autres choses qui trainaient un peu partout. Et la semaine dernière, nous avions terminé sur des questions d'ordre très pratiques, à savoir, comment ça se passe pour le pain quotidien et la culturisation des mioches ?

La première chose qui a rendu plus que possible l'amorce de ce rêve commun, c'est qu'un des 4 membres de la famille à mis fin à un bon gros CDD de dix ans. J'ai nommé, mon amoureux de mari qui après avoir bossé comme un bourrin pendant une décennie, a décidé de mettre fin à la torture et s'arrêter, le temps de profiter des enfants tout petits et d'envisager ce qu'il voudrait faire vraiment quand il sera grand.

Bien sur, c'est un peu flippant, parce que soudain plus rien, puis tout en même temps. D'un papa absent de 7h à 20h, nous voilà avec un papa à la maison à temps complet qui se remet doucement des conséquences d'un travail stressant et très prenant.

Partant de là, plus de contraintes de lieu de ce coté-là étant donné que je travaille d'où je veux à condition de faire suivre pinces et crayons !

Restait l'école.

Bon... Beh... Là on rentre dans le vif du sujet. L'école n'a jamais été une évidence pour moi, pour nous, pour lui... L'instruction en revanche a toujours été au centre de mes préoccupations éducatives, et bien que je reconnaisse quelques vertus à cette vieille institution, je dois dire que j'ai hésité un bon moment avant de prendre rendez-vous pour la première inscription de notre petit.

Cela dit, nous sommes bien tombés et j'ai adoré la maitresse qui a accompagné les débuts de Noé sur les bancs de l'éducation nationale.
Seulement voilà, Noé, le groupe, la vie en communauté tout ça, ce n'est pas exactement son truc. C'est quelque chose de bon a savoir.

Et cette année, passé le premier jour, les choses ont été assez claires : "maman, c'est bon j'y ai été hier, maintenant je ne veux plus y aller".
Je pensais que ça passerait assez vite, moyennant l'acclimatation à la nouvelle classe et le deuil des deux mois de vacances en liberté totale... Mais non. Matin et midi, la même phrase revenait comme une ritournelle peu agréable qui à fini de m'aider a prendre ma décision.

Je crois honnêtement que même sans projets de voyage, Noé n'aurait pas fini l'année en classe. J'ai toujours eu dans un coin de ma tête l'idée et l'envie de faire l'école à la maison. Je trouve cette option très vivante pour les enfants, bien plus adaptée et adaptative au rythme de chacun et tellement plus vivante au fond. Moyennant qu'on ne laisse pas son môme devant Gulli 5 heures par jour. Mais vu qu'à la maison la télé n'est pas branchée, y'avait pas grand risque de ce coté-là.

Et puis, on pourrait parler des méthodes aussi. Je suis contente de voir que de plus en plus de gens se penchent sur le développement chimique du cerveau de l'enfant et donc sur les capacités d'apprentissage de ce dernier à différents âges. On a quand même toutes les cartes en mains pour bien faire et on préfère rester dans une sorte d'inertie confortable... Soit, mais pas pour moi.

Pourquoi ne l'avoir pas fait plus tôt ? Peut-être parce qu'il faut s'en sentir capable et que certaines périodes de la vie sont trop tumultueuses pour prendre en charge une responsabilité pareille.

Et puis voilà, on avait surtout envie de profiter vraiment de nos gamins et d'envisager le meilleur (selon nous et avec nos moyens) pour eux.

Alors la décision s'est prise, toute seule, comme ça, portée par la vie nouvelle qui s'ouvrait devant nous.

L'école à la maison, des boulots à distance, un moyen de locomotion adéquat et hop, le projet de faire un voyage tout tranquille autour de la Méditerranée, de port en port, de pays en pays, d'envies en découvertes.

Depuis, nous avons annoncé aux maitresses que, et oui et oui l'école est finie. Depuis, j'ai laissé passer les vacances pour bûcher intelligemment et entrevoir ce que j'allais devoir apprendre à mon fils que je ne fais déjà. Depuis, je me suis inscrites à une formation Montessori pour deux semaines en février. Et ma curiosité ne cesse de me projeter à cette date. C'est la méthode que je trouve la plus en accord avec l'enfant, et je me dis que par mauvais temps, cet enseignement me servira de phare pour ne pas perdre le cap.

Depuis, Noé retrouve son rire que je trouvais maigre ces derniers temps, presque inexistants. Pour moi, il n'y a pas de baromètres plus précis que ces éclats de joie. Depuis, je trouve que mon fils n'est plus stressé et agressif.

 Depuis, je me prépare à l'avalanche de questions que nos choix soulèvent et aux jugements que se permettent et se permettrons tout un chacun. On bouleverse un peu les codes là quand même.

Depuis, il y a quelque chose qui est en train de muer et ça ressemble de près comme de loin à un équilibre joyeux.

Allez, je vous laisse, j'ai école, à la maison. Et ça change tout... En mieux !