En avril...


Voilà 49 jours que nous sommes partis. 49 jours et un peu plus de 2700km. 49 jours qui ne se passe rien de spécial, et pourtant, tout bouge, tout chavire, tangue, se redresse et entame la danse inverse.

A chaque routes que nous faisons, je me dis :"tu es en train de le faire". Et cette phrase est forte. Et en même temps, c'est si simple. Rentrer dans la voiture après tout avoir rangé dans Mastok, répartir les enfants, enclencher le GPS, la musique. Mettre le contact, ne pas oublier de faire préchauffer malgré le temps radieux, attacher sa ceinture, et aller d'un point A à un point B.

Simple.

Et puis ouvrir les yeux. Simplement. Regarder, prendre le temps de voir, vraiment et parfois de se laisser bercer. Se raidir, se concentrer, passer des zones de difficultés, et puis ouvrir les yeux, simplement. Regarder.

Simple.

Mais lever les paupières, enclencher l'action de voir, c'est aussi réaliser l'absence de toute zone de confort. Rien ne fait peur, le risque est dérisoire. Il pourrait m'arriver l'ensemble des choses qui surgissent parfois au coeur d'un quotidien.

Mais les kilomètres, comme la marche, dénouent des sensations, des sentiments. La découverte de l'autre et de l'ailleurs me ramènent à moi, inlassablement.

Avant hier, je regardais "Les rivières" écrit et réalisé par Mai Hua. Je n'ai pas pleuré, parce que je n'y arrive pas. Parce que la cuirasse est un peu trop épaisse. Mais dans ses images, j'ai reconnu certaines des étapes que j'ai eu à franchir ces dernières années. Et c'est aussi le constat que je n'ai pas terminé.

Parce que la cuirasse, parce que les larmes sèches...

Mon amie H. m'a dit : trouve un bout de cuir épais, et huile le chaque jours, nourris-le. Ce que tes mains font, ce que tes yeux voient, ton coeur le comprend.







Retour à la case départ.


Pas un jour ne s’est écoulé, depuis notre retour, sans que je pense à une autre départ. Sans réel impatience, consciente des tâches à accomplir ici. Avec des doutes parfois, des craintes même. Avec beaucoup d’envie, toujours.

Il y a trois mois, nous reposions Mastok sur sa colline. Retour sous la voute étoilée, retour des lever de soleils à couper le souffle. Et puis le rythme fou à commencé pour aller au bout des projets pour lesquels j’avais semé des graines avant notre départ. Je n’ai pas eu peur, j’y suis allé. Je trouvait les risques nuls, je savais le projet viable, les graines fertiles.

Je ne me suis pas beaucoup trompée, j’ai même été surprise. Et fière d’avoir tenu le cap, d’avoir cru en moi. Un fierté humble, réelle, inspirante.

A notre retour, les locataires nous annonçait leur départ vers un ailleurs joyeux. La maison allait être vide, l’hiver arrivait, le froid et les journées sombres aussi. Plusieurs fois, je suis rentrée au soir, retrouvant ma petite tribu engoncée dans le ventre pourtant chaleureux de notre Mastok bien aimé.

J’ai proposé que nous prenions la maison comme hôtel, nous pourrions même envisagé d’inviter notre famille pour partager les fêtes. Car à être immobiles, les paysages exotiques se retrouvent dans les traits des gens qu’on aime. Mais comment les invités si je n’ai nul part où les rangés ?

Alors un matin, j’ai tout fourré dans des sacs, des cabas, des cagettes, et en deux allers retours de Kangoo, nos affaires étaient dans cette maison. Immense. Vide.

Les enfants étaient heureux. Je garde en mémoire les allers retours furieux de mon plus petit, de la cuisine au salon et du salon à la cuisine, saoul de l’espace dans lequel il pouvait alors tester sa foulée. C’est l’image que je veux garder, celle qui justifiait de ne pas passer l’hiver dans ce qui n’est autre qu’un habitat minuscule. En voyage, quel que soit la météo, l’extérieur nous appel, l’espace réduit se justifie, notre jardin est partout, la découverte s’impose. Mais ici, sédentaires, à quoi bon ?

J’ai observé leur plaisir au maximum, plongé mon corps dans un bain chaud, sans réfléchir à la capacité des cuves. Mais sous ma poitrine, j’avais le cœur dans un étau. Avoir programmé, rêvé, planifié, vidé, vendu, rangé, organisé. Tout ça pour ça ? Pour revenir 6 mois après comme si de rien n’était. Impossible. Et la tête surtout, la tête. Qui me gueulait que j’avais loupé un truc, que je ne supporterais pas de voir cette maison se re-remplir et m’éloigner de mon envie de voir autre chose, ailleurs…

J’ai passé deux semaines à ne plus savoir. Ne plus savoir quel serait la suite du dossier « la petite famille à roulettes », ne plus savoir comment j’avais voulu cette maison que j’avais tout fait pour déconstruire. Un flottement étrange et sans doute un peu douloureux.

Le présent s’est chargé de desserrer l’étau, avec finesse et doigté. Il m’a occupé, m’a encrée dans ce que je faisais au moment où je le faisais. Et j’ai eu l’impression d’avoir grandi un peu. De cette sensation cuisante d’échec, je suis passée à la réalité mouvante. Cette morsure c’était uniquement le refus de lâcher quelque chose qui n’avait plus lieu d’être. Comme un serpent qui refuserait la mue et trainerait cette seconde peau, morte, sur son corps filant.

Où était le problème finalement ? Je savais que nous reviendrons, et c’est encore à l’ordre du jour, le projet initial à toujours été de voyager en étoile autour de ce point central où se trouve quelques racines et ces belles portes ouvertes autour du métier que je m’invente.
La maison ? Pourquoi ne pas profiter du vide opéré pour prendre un nouveau départ ? Et garder un point de chute solide et chaud pour les hivers de travail à venir ? De là, pourquoi lutter contre l’idée ? J’ai toujours fabriqué et habité les espaces dans lesquels j’ai vécu. Je ne saurais vivre dans un lieu indifférent. C’est ainsi, je nidifie. Quand nous sommes en voyage, je sais créer n’importe où un salon sauvage à l’aide d’un tapis, trois coussins, une table pliante sur laquelle je jette un foulard ou un joli chiffon. Et tout de suite les enfants sont chez eux, les légo trainent sur la tapis, un livre ou deux aussi…

Quitter la maison, c’était aussi quitter la maintenance et cet immobilisme mortifère contre lequel j’avais du partir en guerre pour que les choses (les travaux se fassent). Mais que tout était lent. J’attendais après un homme qui avait la trouille de toucher ces murs dégoulinants de souvenirs… Et au fil des rencontre de cet hiver, deux femmes ont percuté mes fondations, à l’aide de phrases anodines. C’est aussi moi qui avait laissé faire ce « rien faire ». La clé était là peut être.

J’ai demandé, l’air de rien, un nuancier à la main ; « rouge margot pour la cuisine ? T’en dis quoi ? »

Burin, marteau, rouleau, couches successives, plâtre, enduis…

« Maman, en fait avec les couleurs, ça fait comme un port, avec bâbord dans la cuisine et tribord dans le salon puis le bleu de l’escalier c’est la mer au milieu ».

Comment vous dire que je n’ai pas fait exprès ! Ça semble improbable, et c’est pourtant vrai. J’ai crée un port, un port d’attache, avec des hublots au milieu des murs.
Je ne suis plus fâchée, ni contre moi, ni contre cette maison, qui restera un peu vide mais le luxe de nos retours hivernaux. Et ce n’est pas un échec, c’est la vie, qui parfois décide de n’en faire qu’a sa tête, mais rarement sans raison.

Dans 5 jours exactement, nous reprendrons la route. Départ pour presque trois mois, avec notre premier passage de frontière. Toute la tribu à les pieds qui fourmillent, et moi, j’ai calmé des impatiences qui n’avaient plus rien à faire dans ma vie. C’est le luxe que je m’offre pour 2019 : Prendre les choses et les coeurs comme ils viennent.

Voyage à suivre.

...

Cette photo de Mastok a été prise en Avril 2018, nous venions de passer notre première nuit en son sein, à quelques kilomètres de la maison. J'ai découvert cette image en développant les 5 derniers films faits à l'aide du petit Olympus LT1 qui trainent toujours au fond de mon sac et qui me fait dire que c'est vraiment dans les vieux pots qu'on fait les meilleurs confitures.

La petite famille à roulettes


Je raconte au compte goute, sur les réseaux sociaux,  ce que nous vivons un peu au quotidien. Les petites magies, les beaux moments, les rencontres de voyage. J'en perd le temps d'écrire pour moi seul un journal de bord. J'arrive à dessiner cependant, ce qui est tout aussi délicieux. Je reprend le temps de prendre des photos avec autre chose que mon téléphone. Mon argentique ne quitte plus mon sac, je retrouve l'angoisse de la pellicule voilée. J'ai aussi mon compact avec moi ; génération instantanée.

Ce que je raconte sur instagram est assez succinct, le format m'y contraint, et c'est très bien comme ça. C'est une façon de tirer les minutes qui ont le plus pesées dans une journée.

Je n'y raconte pas les flottements. Nous vivons depuis deux semaines sur la route, avec trois enfants, un chat fugueur qui se fait un plaisir de faire des vocalises nocturnes et bousille le sommeil dont je sais avoir besoin. Le chien, lui, est exemplaire. Les enfants sont des enfants. Et quand viennent ces heures électriques, les heures de fin de journée, coincées entre la fatigue, l'attente du repas et toutes les émotions accumulées pendant la journée, je regrette au moins trois secondes d'avoir bazardé ma grande baraque pleine de pièces (et de portes... Gniarf). Passées ces deux secondes, je suis obligée de voir que les problématiques seraient les mêmes, sont les mêmes. Le quotidien ne change pas de robe au grès de la géographie. Il est ce qu'il est, ici, dans un mouchoir de poche.

Je ne raconte pas les lessives à la main, les départs sur linge pas sec qui demandent à inventer de quoi étendre dans un interieur minuscule. Je ne raconte pas la gymnastique pour se croiser quand un cuisine, que l'autre veut aller aux WC. Et attentions, les pattes du gentil chien-chien qui trainent au milieu.
Je ne raconte pas mon atelier entreposé dans la douche quand nous roulons, sur le siège passager quand nous sommes à l'arrêt. La table de marché posée sur notre lit.

Je ne raconte pas l'organisation pour prévoir quel marché, et où nous garerons le camion pour que je puisse me rendre au travail à pied. Parc4night est Jour-de-marché.fr sont devenus mes indéfectibles amis.

Non, tout ça, je passe sous silence. C'est une réalité, cette vie demande de la manutention, de l'organisation et quelques compromis, mais finalement, comme toute autre mode de vie. Ici les choses sont moins lourdes, et finalement infimes par rapport au plaisir de changer sa maison de place en un clin d'oeil. Par rapport au plaisir de la découverte, au changement du paysage.

Je ne raconte pas non plus le flippe des marchés paumés ou je croise juste Roger venant chercher ses navets. Quand on ne connais pas, on test, ici et là. Heureusement, le monde des marchés est rude mais pas cruel. Ils ont eu pitié de moi en me voyant arriver avec mes bijoux, ils m'ont conseillés les lieux et jours où je pourrais poser mon stand sans faire choux blanc. Et ils avaient raison ! Ouf, j'ai eu un moment de trouille, de penser que mon affaire ne tiendrais pas la route, que mon projet ne serait pas viable, qu'on allait crever de faim moi et mes mouflets au fin fond du Gers...

Et quand on ouvre la porte, qu'on balade son regard, on voit tout le reste. Les balades à vélos sous cet impressionnant soleil d'octobre. Le Moulin des marionnettes (les mamoyettes comme dirait ma fille)
à Vic-fezensac qui nous à offert une après-midi un peu hors du temps. Les heures et les journées entières passées sous le ciel.

Oui, il y a beaucoup de choses que je ne raconte pas, parce qu'il faut simplement les vivres.





















Ce qui reste.


J'ai inscrit en gros sur la porte du placard qui servait d'ardoise "Bienvenue J.... D.... et E...."! et nous sommes partis leur confier les clés. La maison raisonnait de tant de vide. Briquée comme un sou neuf. 

Je m'attendais à un pincement, un contre coup. Mais rien ! C'était bien une page à tourner. Et puis le camion. Pardon, le camping car, j'ai nommé notre bien aimé : Mastok !!!
Durant les deux premières semaines, nous avons eu de la pluie, tous les jours. Ou presque. Je repensait, souriante, à mon amie qui m'avait posé cette question bien senti :" et les jours de pluie ? Tu fais comment à 5 dans ta boite de sardine ?". 

Pareil ! On fait pareil que dans une maison. Mais en plus petit. C'était un peu le baptême du feu.  Enfin, non, pardon, le baptême du feu est arrivé après les deux semaines de pluie. Un petit été caniculaire pour préparer l'aventure. Nous l'avons fait. Et c'était bien.

Impossible de partir alors. Toutes les portes que j'avais poussé quelques mois plus tôt pour mon travail se sont soudain ouvertes, béantes, offertes. C'était le moment et c'est tout. Le temps suivra son court quoi qu'il arrive. Nous partirons après, après l'été, après la saison, après les marchés qui grouillent et qui chantent. 

C'était une période test. Savoir combien de temps nos réserves peuvent tenir. L'eau, l’électricité, les WC. 

Puis le chat. Impossible de laisser le chat. Alors soupirer de soulagement à chaque fois qu'elle pointait son museau au petit matin pour venir grappiller un bol de croquettes et s'affaler sur les coussins moelleux pour une sieste, probablement proportionnelle à son activité nocturne supposée. 

Le ballet du quotidien s'est vite chorégraphié. L'eau OK. Le jus OK. Le gaz OK. Les WC OK. Le chat OK. Les enfants, on en parle même pas. Dehors à peine tombés du lit. Il vivent comme on habite une cabane. Dehors, nous tendons les hamacs et mangeons sur des nattes, assis sur des coussins, sur des tables rikiki. En une heure, nous pouvons disparaitre et laisser place nette. Tout plier, tout ranger, et rouler. 

D'avoir fait ce si grand tri, je me sent incapable de revenir en arrière. Le nécessaire est là. Les objets que je conservent ont étés pensés, réfléchis, pesés. Quand je remet les pieds dans une maison, je suis assaillie par tout ce qu'on y met d'inutile. Puis les murs, les plafonds. 

La canicule nous à offert nos plus belles nuits à la belle étoile. La fraîcheur vient plus vite quand on confie son sommeil au vent. A vivre sans cesse dehors, le corps s'adapte mieux semble t'il. Mois qui souffrait, il y a quelques années, de ces heures estivales où la chaleur écrase tout, où le sol dégueule de chaleur et où la peau brûle au moindre rayon. J'ai pesté contre ce stupide Sud, moi la bretonne déracinée. Et me voilà en place publique, sous la cagnard, en plein marché, et sans parasol ma bonne dame (économie de place oblige !). 

Ça aussi je l'ai fait. Mon canotier vissé sur le crâne et mes robes en lin comme un rempart.

Il y a quelques jours, l'ambiance de rentrée me poussait au bilan. Là, le constat délicieux. "Mais tu es heureuse ma fille", voilà ce que je me disais. Ce que je découvre, c'est que lorsque les fondations sont solides, les vents peuvent souffler, ils ébouriffent les cheveux, mais ne tournent pas les têtes. Bien sur il y a des moments de fatigue, d'impatience, des nostalgies nécessaires. Après ces deux fameuses semaines de pluie je me suis posée toutes les questions pénibles possibles. Ne suis-je pas une mère horrible, triant les jouets de mes enfants pour en faire valser les trois quarts ? Ne suis-je pas folle des les mettre dans cette grande valise à roulette pour un voyage au jour le jour ? Ne suis-je pas folle de m'imposer ça ? Ne suis-je pas folle tout court ? Seront-ils aussi heureux ici que dans une grosse maison bien solide ? L'amoureux m'a t'il suivi par amour justement ou fait-il vraiment parti du projet ? Va t'on réussir à barouder aussi facilement que nous le projetons? Est-ce que le chat va arrêter de miauler à la mort à chaque fois qu'on lance le moteur ? Et ce chien ??? Ce chien ne paraissait pas si gros dans une maison de 200m2.

J'ai fini par rire franchement de toutes ces questions. Elles sont toutes réelles, fondées, mais inutiles ici. Il n'y a qu'a entendre leur rire (animaux compris) pour comprendre que je ne me suis pas trompée en hissant ce rêve au rang de réalité.  Je ne détiens aucune vérité, ma manière de vivre n'est pas mieux qu'une autre, c'est juste celle qui semble nous convenir le mieux pour l'instant. 

Il y a deux mois, nous avons emménagés, mon mari, nos trois enfants, notre chat, notre chien, et moi, dans un camping car. Il y a une semaine, mes enfants ne sont pas rentrés à l'école et nous avons doucement repris le rythme de l'instruction en famille. Dans un peu plus de 15 jours, nous prendrons la route pour un mois et demi de voyage, en France dans un premier temps. Il n'y a plus aucun frein, la vie nous a retardés dans ce fameux départ, peut être simplement parce que les grands départs ne sont pas toujours ceux qu'on croit.

Seul les arbres nous disent que l'automne arrive...






L'odeur du temps.



Elle m’a dit, simplement ; « Pourquoi tu ne viendrais pas poser ton stand de bijoux au festival de Jazz vendredi soir ? »
Tiens, oui ! Pourquoi pas ? C’est vrai que c’est une bonne affaire un festival de jazz, surtout en l’absence de toute concurrence. Et si les bijoux ne plaisent pas, j’aurais toujours quelques notes à grappiller et l’assurance d’une belle soirée de musique.

Alors j’ai gravi la montagne par un flanc, pour gagner quelques degrés sur la fraicheur et m’immerger dans ce lac que je connais depuis si longtemps. Et après la salutaire baignade, j’ai sauté dans une robe propre, chaussé mes jolis souliers et redescendu la montagne, par le flanc inverse cette fois.

Et là, en passant le panneau de ce village que j’ai déserté il y a plus de 15 ans, ce n’est pas la petite madeleine de Proust qui m’a sauté au visage mais le gros paquet familiale de Madeleine Saint Michel que je me suis pris en pleine face.

L’odeur de la maison de la voisine dont le fils était un pote fidèle que je venais chercher quand ce n’était pas lui qui le faisait.
Le porche de l’église sous lequel j’ai fumé mes premières clopes. Avec la vue sur la montagne dorée par le soleil.
Le restaurant dans lequel j’ai épluché des patates ou fait la plonge pour me faire trois sous. Celui là même ou je venais trainer mes basques dès que je pouvais et dans lequel on m’invitait toujours à manger. Mes premiers émois au dessus d’une assiettée de cèpes ou de profiteroles fraiches.
J’aimais y regarder le balais des adultes affairés. J’avais besoin de ce mouvement . Aujourd’hui j’aime toujours observer les gestes.
Le lavoir dans lequel j’ai joué avec l’eau glacée. Et juste à coté, la vielle pompe en fer sur la poignée de laquelle nous nous asseyions pour s’en faire une balançoire. Le calvaire dans lequel nous allions faire nos soirées en échappant au regards adultes. La liberté de ces endroit où la nature élève un peu les enfants. C’est gage de liberté. La fraîcheur qui monte du ruisseau en fin de journée. Le chemin qui part vers le cimetière, ce chemin qui mène au jardin que tenait ma mère.
Elle en revenait le muscle saillant sous un débardeur léger, la peau noircie par le soleil, avec son odeur de mère mêlée à celle de la terre fraichement retournée. Une odeur chaude, presque animale.

Les montagnes, tout autour, empêchant la vue. Et le soleil qui cours sur tout ça. Le château dans la cours duquel j’allais causer avec la cantonnier. Il fumait des Gitanes, le château était alors à l’abandon. Les cabanes partout.

Et cette chaleur qui me rappelle celle des étés passés ici. Alors l’odeur de ma chambre, fenêtre ouverte sur cette rue unique. La lumière du soleil sur la moquette beige. Les grasses matinées. Et au réveil, trouvant la maison vide parfois, appeler ma mère à pleine voix depuis la cours, derrière la maison, juste sous la montagne. Elle allait bronzer en plein cagnard sur une vieille terrasse de culture laissée à l’abandon depuis des décennies. A l’heure du repas c’était à son tour de faire jouer l’écho. On entendait son cri «Les enfants, à taaaaable ! » dans tout le village. On arrivait en 5 minutess, même pas.

J’ai quitté ce village à 15 ans, et j’ai commencé à quitter ma mère, lentement. Je suis partie vivre sous les embruns paternels. Puis ma mère à quitté elle aussi tout ça. Et je n’ai plus remis les pieds la bas. Si, deux fois, j’y suis passée, sans vraiment m’y arrêter, c’était trop lourd.

Et ce soir, j’installe mon stand sur les parcours que je faisais enfant, dans ce décors préservé où rodent des souvenirs bien vivaces. Et là, sous les châtaigniers Lisa Simone chante, et je découvre que j’ai fait le tour de quelque chose.

Je ne suis plus en colère, je me sent grande soudain, adulte, vraiment. Je commence à comprendre. Et j’écoute cette tristesse qui me chuchote qu’on ne guéri jamais vraiment de sa mère, on apprend juste à pardonner.

Et quand les madeleines sont digérées, cet amour qui dépasse, qu'en fait-on ?




L'habit, le moine et moi.



Il m'aura fallu plus de deux semaines pour copier toute ma musique. Mettre mes CD sur un réceptacle rikiki que je puisse emporter partout avec moi. Deux semaines, peut-être trois en fait, à copier dans une chorégraphie industrielle : Sortir les CD de leur étagère, par petite pile, les mettre à coté de mon ordinateur, les ouvrir un par un, insérer, lancer la synchronisation, éjecter, ranger, et hop, dans la cagette. Direction finale ; l'écurie en attente du prochain et désormais traditionnel, vide grenier dominical.

J'ai mis un CD qui avait accompagné mon année bac. C'était il à plus de dix ans et je me souviens de toutes les paroles, de l'ordre des chansons et de l'odeur de ma chambre d'ado au petit matin. 

Dans mes petits matins actuels, la routine à changé de forme. L'amoureux ayant enfin fini de (re) travailler, j'ai repris le chemin des marchés, vite vite, avant que l'été ne sature les emplacements si convoités. Les gestes sont revenus vite, mes sacs m'attendaient sagement, mon stand et mon atelier minuscule... La sensation aussi. Quitter la maison quand tout le monde dors, arpenter la région sur des routes que l'heure rend déserte et se laisser surprendre par des levers de soleils à couper le souffle. L'hiver n'est plus ! Et l'ambiance. La vie sur les marchés n'est pas commode, mais quand on s'arme de courage, d'un sourire franc et modeste et qu'on prend la peine de comprendre les rouages, on se fabrique de beaux souvenirs.

J'avais oublié le plaisir d'être lessivée par l'air vif, le travail en plein air, la rencontre de mes clientes, les conversations parfois passionnantes qui démarrent d'un rien. Apprendre ! Apprendre à être sure de mon travail, apprendre à vendre ce que je crée, apprendre à conseiller un choix un peu intime tout de même. On ne choisit pas exactement une paire de boucle d'oreilles comme on choisit des poireaux. Et, dès que mes mains tombent sur mes pinces, dès que je brasse les sachets qui abritent mes pierres et mes perles, les idées fourmillent, l'envie de faire est là, impérieuse.

Alors considérer le luxe de cette boutique portative que j'emmène où bon me semble ! Le privilège de faire exactement ce qui me plait. Et les retours sur mon travail sont un carburant fabuleux.

Pour le reste, tout est allé très vite. Dans la même journée nous avons prêté notre maison et vendu notre vieux van Volkswagen adoré (Badavroum de son petit nom propre). Notre maison en dur qui trouve preneur, et notre première mini maison sur roulette qui se font la malle, là, sur ma terrasse, au détour d'un rayon de soleil sur un après-midi entre copains.

Je m'étais tendu un beau piège. Mon amoureux ayant fini d'épauler son père fatigué dans l'entreprise familiale, j'avais dit : Ni une ni deux, on amenage dans Mastok (N.B: Pour ceux qui arrivent, je parle ici d'un camping-car, oui, nous donnons des noms aux choses) sur le champ, et nous profiterons alors de notre absence dans notre propre maison pour finir de la vider et de la pomponner en prévision d'une location future. Mais entre ma reprise, et la vie qui cours, je nous visualisait déjà en septembre, au même stade qu'alors, en train de déplacer un bibelot ici où là sans avoir avancé d'un pouce. 

Puis au détour d'une conversation avec un couple d'ami, j'ai dit : Prenez la maison si vous voulez, si ça peut vous dépanner, laissez-nous 15 jours pour finaliser, et en suite nous reviendrons juste vous déranger pour finir les quelques travaux qui restent à faire.
Et après un bref délais de réflexion, ils ont dit oui. Voilà comment, à la fin de la semaine prochaine, nous habiterons officiellement dans une maison à roulette !

Et puis le van... J'en ai vendu des choses pourtant, des jolies, des symboliques. Mais après cette promesse de vente, au soir, dans l'intimité de ma chambre mise à sac par un déménagement, j'ai vraiment mesuré l'attachement que je pouvais avoir pour ce tas de ferraille sur roues. C'était les prémisses encore non affirmés de ce que nous vivons aujourd'hui. C'était le camion qui à vu fleurir les sièges enfants successifs.

Devant la maison, sous le figuier, se bousculent ces roses anciennes que j'aime tant,  qui exhalent un parfum divin. Ces roses rose ébouriffées que Lilie-Rose me cueille par poignées entières. "C'est pour toi maman, un bouquet de fleur, c'est beau hein ?" 

Et puis le coup de vider ma penderie aussi. C'est stupide probablement, mais il m'a fallu attendre beaucoup pour finalement me libérer des pensées bien réelles que j'entretiens sur des vulgaires bouts de tissu. Suis-je ridicule si je dis qu'il m'a fallu franchir un cap dans ma réflexion sur la féminité pour vider drastiquement mon placard ? J'ai ri de moi même en me posant la question de savoir si Il m'aimerait encore affublé du même jeans des années durant ? J'ai ri, mais je me suis posée la question quand même. Et finalement, j'ai arrêté de rire et je me suis posée la question de savoir si JE m'aimerais encore affublée du même jeans des années durant ?

L’habit, le moine, et moi dans tout ça...

...

Concrètement, pour ceux qui veulent du technique, j'ai vidé environ 200 CD sur un Ipod pour réduire au minimum l'espace de stockage. Les CD sont sur mon vide grenier et partent petit à petit. J'avais regardé à les revendre en cartons dans des magasins tels que Cash 31 ou autre enseigne du même genre. Le prix de reprise par CD est d'environ 0,02cts. En m'occupant moi même de les revendre, je les laisse partir à 2 ou 3 € pièce, c'est pas mal. En vendant tout, j'aurais amorti un i-pod d'occasion. Et si ce n'est pas le cas, je mettrais tout ça chez Emmaüs (j'ai encore du mal à vendre et non donner).

Pour les vêtements, idem, je brade tout sur les vides greniers (laissez-moi vous dire qu'il y a des bonnes affaires à saisir car en bonne nana qui se respecte, j'ai quelques pièces jamais portées qui trainent encore). J'ai gardé mes essentiels pour le travail en hiver sur les marchés, et quelques tenues pour être présentable. Il en reste encore trop, tout ne rentrera pas dans Mastok, rapports aux pulls qui prennent une place folle (et non, je ne suis pas très polaire qui tiens chaud ET qui ne prend pas de place, vive de gros pull de mamie), mais comme nous prévoyons des échappées de quelques mois avec des retours pour voir la famille et honorer quelques engagements professionnels auxquels je tiens, je ferais un roulement. Ça marche aussi pour la bibliothèque des enfants et la notre d'ailleurs.

J'écoute quand même les conseils des ex-voyageurs ou toujours voyageurs qui disent qu'ils tournent avec très peu de vêtements. Vu qu'on ne peut pas stocker un gros bac à linge sale, les lessives se font rapidement, et donc on prend toujours sur la haut de la pile. 

Voilà, pour le moment !

A très vite.

Tout à 10 balles ou j'remballe !



J'ai retiré ma montre en rentrant chez moi. Elle n'est pas ajustée à mon poignet, je n'aime pas trop les choses qui serrent. Malgré ça, malgré sa place mouvante, son dessin est resté, le soleil m'a tatoué en négatif.

Après des semaines de pluie, l'azur insolent m'a collé le vertige. Et impossible de me mettre à l’abri, au milieu de cette rue, échouée comme île, mes affaires étalées avec grâce sur le trottoir.

Vouloir partir, oui, mais partir léger ! Alors tout vendre. Au début, discrètement, les choses qui encombrent, qui dépassent. Puis, petit à petit, un meuble, un tapis, un fauteuil, un lit...

C'est une sensation particulière de découdre ce que j'ai mis plus de 8 ans à construire. Cette maison que j'ai mis du temps à faire mienne. Elle était si lourde de son passé. Puis les enfants sont arrivés, et eux ne demandent jamais vraiment à faire leur place, ils sont là, c'est tout. J'ai composé autours d'eux. Fait le nid.

Au premières annonces sur le bon coin, j'ai réfléchi, tourné un peu autour du pot. Moi qui en plus n'aime pas vendre. J'aime donner, faire tourner, rendre service, dépanner. Puis j'ai mis les deux pieds dans le plat, le doigt dans l'engrenage et la tête dans le guidon ! Cet argent qui rentre petit à petit servira à payer la carte grise de Mastok, les frais de passeports, une partie de Mastok même si les affaires marchent bien.

Et moi qui n'aime pas vendre, je suis propriétaires de jolies choses, des choses choisies avec soin et envie, des choses de qualité que je n'ai pas envie de céder pour rien. Vient alors le moment de se heurter à cette mentalité nouvelle, ou on achète juste pour acheter, pour le geste, dans une perpétuelle foire à l'euro.  Et si par malheur je justifie mon prix, voilà que la politesse s'envole... Merde alors.

Où est passé le marchandage courtois et amusant ?

Qu'importe, j'use de patience et de politesse. J'arme mon sourire, et ça fonctionne, parce que les gens s'arrêtent quand on prend le temps de s'adresser à eux. Et hop, un humain retrouvé.

Je faisais aujourd'hui mon premier vide grenier. J'avais décidé ça hier soir, en fin de journée. Vu l'état des choses à la maison, ça n'a pas été dure de charger la voiture. Si un cambrioleur poussait ma porte, je serais prête à parier qu'il renoncerait. Entre les enfants et le tris draconien, nous vivons dans un joyeux foutoir. Chaque vente est une petite victoire, chaque vente est un poumon qui s'ouvre et un pas de plus vers cet objectif.

Parce qu'une fois qu'on à tiré sur la maille, l'ouvrage se détricote à une vitesse fascinante.

Reste la notion de possession. Et le souvenir. Le bureau de mon grand père, sa lampe d'étudiant, l'armoire peinte dans la chambre de ma fille, le premier mobile acheté pour mon aîné, le fauteuil dont j'avais tant rêvé...
Et pour les enfants ? On aime tous fouiller dans les greniers de famille et retrouver nos premiers cahiers, le bijoux que notre mère portait et qui balançait à son cou quand elle lisait l'histoire du soir, les photos de toutes ces périodes sur lesquelles se sont posées les amnésies nécessaires.

Ma mère à tout brûlé un jour. TOUT. Et c'est le carton à chaussure qui contenait les photo qui me reste en mémoire, qui me manque encore aujourd'hui. Alors je m'applique à faire des albums physiques pour mes enfants. Avec l’espoir de leur raconter un jour, et de répondre à leurs questions. Qui n'aime pas qu'on raconte sa propre histoire? Les photos feront office de coffre à trésor. Du reste, je m'appliquerais à leur raconter, à mettre des mots sur ces images. Et de penser que le lien d'humain à humain est la plus belle des transmissions.

Aujourd'hui, j'ai croisé peut-être une centaine de visages, discuté avec des gens de tous horizons, parlé de notre projets aux curieux qui se sont risqués aux questions, et semé dans de nouvelles maisons des petits bouts de moi.

Et que vienne la légèreté. C'est décidé, je ne garde rien, où presque.

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Concrètement, pour ceux que ça intéresse, voilà sans ambages comment se passent les choses.

J'ai commencé à vendre le gros superflux sur le bon coin, facebook et autre bouche à oreille. Il faut beaucoup de patience, pour prendre les photos, rédiger les annonces et supporter tous les travers de communications qu'engendrent ces outils.

Pour tous les gros objets, meubles etc, hop, le bon coin !!!

J'ai proposé aux proches et amis certaines choses dont je savais qu'elles auraient du succès (aaahhh la balancelle renommée nid de marsupilami, j'aurais pu faire des enchères tiens...), c'est cool de voir les objets adorés rejoindre des foyers où on aime pointer le bout de son nez.

Les fringues et chaussure, c'est comme les livres et les CD, c'est une plaie à vendre, et comme je n'ai pas envie négocier pendant des mois, c'est sur les vides greniers que je laisse partir, quitte à casser le prix. L'essentiel étant là de vider vider vider.

Je me donne jusqu'a Juin pour tenter de vendre le maximum de choses, ce qui restera partira chez Emmaüs.


Quand on partait sur les chemins...


J'ai croisé cette année sur ma route un nombre étonnant d'arc-en-ciel. Parfois tronqués, parfois hésitants, mais toujours étonnants. Cette décomposition soudaine et majestueuse de quelque chose auquel on ne réfléchie pas. La lumière est évidente bien sur. Et soudain elle s'éclate, comme ça, au détour d'une averse. 

Ce jour là, je ne suis pas partie avec eux. Je les ais déposés à la gare, j'ai attendu sur le quai en observant à travers la vitre sale leurs visages réjouis. J'ai confié à leur père un panier remplis de surprises et d'un solide pic-nic. Puis je suis rentrée, mon tout petit dans les bras, dans le silence de cette maison à vider bientôt. 

Ils sont revenus à une heure du matin. Derrière lui, ils dormaient sur la banquette, vautrés dans un position rendu inconfortable par le siège auto. J'ai attrapé ma fille, mon aîné est presque devenu trop lourd pour moi, je laisse son père le transporter quand c'est possible. Petit poids abandonné au sommeil. Quand je l'ai posé dans son lit, elle à ouvert un œil, m'a considéré, et dans un sourire radieux m'a dit :

"Maman, nous avec papa, on a acheté un camping-car !"

Et c'est vrai. après presque 3 mois de recherches active et le double de rêves tout aussi actifs, je suis tombée en amour avec une grosse bête à 6 roues. Charmée par son intérieur intelligent qui me rappel celui des bateaux que j'ai connu et sa silhouette un peu ancienne, j'ai donc lancé des hameçons ici et là. Et la première prise à été la bonne.

Nous étions partis, une semaine avant, voir cette occasion, les grands chez leur grand-mère, le petit ficelé dans son siège auto. J'étais revenue convaincue de faire une belle affaire et la tête en ébullition. 

Parce que face à la taille de ce jolie camion, tout est devenu soudain très réel. L'ampleur du tris, les choix à faire, les astuces à trouver. 

Concrètement, passer d'une maison à deux étages avec dépendances et cave à un espace commun unique à peine plus grand qu'une chambre étudiante en cité universitaire.

Voilà, je m'appelle Lauriane, j'ai eu 30 ans il y a 90 jours. Je suis la maman de trois enfants de 6 ans, 3 ans et 9 mois. L'amoureux qui m'accompagne dans cette histoire est le même depuis 20 ans (si si, vous comptez bien) et nous nous apprêtons, non pas à changer de vie, mais à vivre un rêve qui dépassait peut-être un peu plus que les autres.

Et c'est ici que je vous amène un peu avec moi.

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Ce blog va être et devenir le récit de ce que nous sommes en train de vivre. Rien ne va vraiment changer, je vais juste tenter d'être un peu plus présente, un peu plus régulière une fois que toute la maintenance sera terminée. 
Je vais aussi vous parler un peu plus de moi, de façon plus directe peut-être. De ce choix, de ce qu'il engendre, des enfants qui ne vont pas à l'école, des familles qui ne vivent pas dans des maisons traditionnelles... Et bien sur, si vous avez des questions, je serais heureuse de les entendre et de les nourrir.

A très bientôt donc.

P.S: Le terme camping-car évoque quand même chez moi, mèmère partant en vacance avec pèpère en bord de mer, toute parabole dehors... Et comme nous faisons partis de ces gens qui donnent des noms à leurs voiture, notre camping-car à très vite été baptisé Mastok. C'est ainsi que je parlerais de lui ici à l'avenir.

Les lenteurs hivernales.



 Quand les nuages se sont écartés, les crêtes ont dévoilées leur dos pelé par l'hiver. L'arrête osseuse d'un dragon immobile. J'ai pris le temps de regarder ce paysage fantomatique, entre roches, bruyère et nuages. On considère souvent l'hiver comme une saison morte et grise. De ce que j'ai vu ce jour là, je peux vous assurer que le gris n'était pas majoritaire. Seulement en hivers, tout est plus lent, le froid conditionne nos mouvements. Il en va de même pour l’œil qui à besoin de plus de temps pour discerner les formes et les couleurs.

Oui, tout est plus lent. Tout le monde ferme sa porte pour garder la chaleur du foyer.

Les mots aussi sont comptés.

L'hiver me pousse à apprécier cette maison, si grande, si chaude. Cette maison qui bois le soleil dès qu'il daigne pointer par dessus la colline.

Et ce foutu temps qui passe et qui parfois construit des peurs qui n'était pas là au tout début, quand le projet venait juste de naitre.

J'ai l'impression d'une lente ascension, parfois évidente, parfois vertigineuse et dont chaque pas vers le sommet pause une nouvelle question.

Nous devions partir en bateau, puis plus. Un accouchement plus tard, le temps aidant, je me dis que cet immobilisme forcé n'était pas un mal. Nous avons eu le temps de revoir notre projet. Considérer qu'avec nos trois enfants en bas âge, un jardin en dur n'était peut-être pas une si mauvaise idée. Puis une pane, n'importe quelle pane, semble beaucoup plus simple sur terre qu'en mer.

Nous aurions peu renoncer, tout simplement. Mais l'envie d'autre chose s'est lovée en moi, et se manifeste de façon quotidienne à la façon d'un petit caillou dans ma chaussure.

C'est étrange ces périodes tendus vers l'après.

Chaque pas dans la maison est employé à trier, bouger quelque chose, mettre dans un carton. On avance moins vite avec trois petits, mais on avance quand même.

Du bateau, nous sommes passés au camping car. Une maison à roulette, c'est bien aussi !

Et voilà que l'impatience me saisie. La vie ne cesse, par différents moyens, de me pousser à prendre mon temps, et moi je ne rêve que d'une chose : que la maison soit vide, que l'essentiel soit sélectionné, que le véhicule soit acquis et que la route s'offre à nous.

C'est un défis qui me plais et qui me pousse à reconsidérer progressivement toutes sortes de détails de la vie courante. On ne vis pas exactement pareil dans une maison de 100m2 que dans un réduit à roulettes.

Après, pour parler sans ambages, j’oscille régulièrement entre l'envie de tout balancer dans des cartons pour faire un gros saut chez Emmaüs, parce que je ne sais pas bien vendre, j'ai toujours donné. Et aujourd'hui, ce projet, et les 3,50€ que je peux gagner en vendant ma bibliothèque et mon puang à bascule me pousse à abuser de vos bourses et passer des heures vissées à mon téléphone, pour photographier, rédiger des annonces de vente et répondre cordialement à des personnes pas toujours hyper avenantes et souvent fâchées avec la politesse la plus basique.

Mais, à l'image des saisons, tout fini par germer, et si parfois je gronde comme une nuit d'orage en plein mois d'août parce que je me sent épuisée et découragée par la lenteur des choses, les jours qui suivent m'ouvrent leur bras comme un printemps inespéré et bombe ma jauge d'espoir.

C'est ainsi que samedi, rendez-vous est pris pour la visite de ce qui deviendra peut-être notre résidence principale pour les années à venir. Mais sur roulette s'il vous plait !

D'ici là, il peut neiger sur Paris, la lenteur hivernale n'aura pas raison de mes projets.

Tu vas rire...

  Sous le sapin, elle avait glissé deux carnets, dont un petit Moleskine à page noir. C'est comme ça les amies, les paquets sont tout petits, et pourtant, ils font mouche !

Puis elle a demandé : "Tu as des stylos blanc ?"

Tu penses... Bien sur que j'ai des stylo blanc. Puis blanc sur noir, c'est tellement facile, je trouve. Le dessin se fait tout seul. Même un trait tout con perdu dans un coin de page pourrait donner quelque chose de sympa. Et moi qui tripote plus mes pinces que mes stylos en ce moment, le petit format allié à l'extra-ordinaire de ce petit carnet m'a redonné du cœur au gribouillage. 

C'est comme ça avec les amies, les objets semblent anodins mais il remettent dans le droit chemin. 

Au soir, je me suis retrouvée seule, dans ce grand canapé, à coté du feu, la nuque un peu tiraillée par la fatigue, mais plongée dans une alternance de pointillés. Elle m'a bien dit d'aller me coucher pour me réparer un peu, j'ai répondu : "je ne peux pas, il faut que je termine". Et c'était vrai. Je ne sais pas laisser un dessin en berne. C'est différent pour les grands tableaux, ils souffrent moins de l'élan qui s'émousse quand la vie m'appelle ailleurs. Dans les carnets, c'est une autre histoire, ça parle d'un moment, d'un contexte, il faut que ça s'achève en même temps que le présent qui l'accompagne. 

Et puis, c'était un moment pour moi, seule, dans le silence de cette grande maison. `

C'était le premier Noël où je choisissait vraiment l'endroit où je voulais être. Ça n'empêche pas les fantômes et les stigmates que peuvent chatouiller ces fameuses fêtes de fin d'année. Mais c'est un bon début pour commencer à écrire une légende un peu différente que celle offerte par ma généalogie.
 
C'est cette notion de choix qui me travaille depuis des mois et que, petit à petit, je met en place dans un quotidien chargé.

Me voilà trentenaire, finie cette foutu vingtaine et ses interminables remous. Au matin de mon anniversaire, mon fils me disait :

"- Maman, tu as quel age déjà ?
 - J'ai 30 ans aujourd'hui !
 - Ouah, tu as de la chance.
 - Ah oui ? Pourquoi ?
 - Parce que, c'est comme ça... Et tu es fière d'être une Maman ?
 - Non, je suis fière d'être votre Maman !"

Et c'est vrai, moi qui ne rêvait pas d'être mère, je suis fière d'être devenue celle de mes enfants. Et c'est à moi aujourd'hui de leur apprendre la joie, le plus possible. C'est ici que tout devient une question de choix.

Je ne vous souhaite pas du bonheur pour cette nouvelle année, le bonheur est compliqué, mais de la joie et des rires, c'est bien plus simple à trouver, à vivre, à cultiver et c'est le début de tout !